Il faut passer du culte du diplôme à la culture de la compétence

source: sysk.fr

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Ce n’est un secret pour personne qu’en France, il vaut mieux sortir d’une grande école pour se faire recruter aux postes les plus prestigieux tout en intégrant le haut des grilles salariales.

Ainsi, plutôt que d’être élevés dans le culte de la connaissance et des apprentissages, nous sommes formatés pour passer des rites éducatifs qui comprennent des épreuves, du bachotage, et l’obtention d’un diplôme qui garantirait a priori le succès d’une vie professionnelle qui durera plus de 40 ans. Le diplôme est donc perçu comme une sorte de rente, mais cela est en train de changer : en 2015, 40% des entreprises ne considéraient déjà plus le diplôme comme une preuve de compétences. Concernant les compétences, elles peuvent principalement revêtir deux visages : les compétences « techniques » (hard skills) qu’on peut acquérir par l’expérience, en autodidacte, et qui sont facilement mesurables ; et les compétences humaines (soft skills), plus difficiles à détecter, à apprécier, qui peuvent être validées par des tests psychométriques.

Baignant dans le numérique depuis de nombreuses années, je constate au quotidien que les compétences demandées sont très éloignées de ce que j’ai pu apprendre durant mes études. En règle générale pour les métiers du numérique, plutôt qu’un diplôme à un instant T, c’est bien une démarche d’apprentissage permanent qui vous garantira de ne pas être dépassé par le contexte d’accélération qui constitue désormais notre quotidien.

Et quid des individus atypiques ? Des hauts potentiels intellectuellement précoces ? Des anticonformistes qui ont préféré prendre un autre chemin ? J’en ai croisé plusieurs au cours de mes 15 années d’expérience professionnelle, et ils ont souvent énormément apporté aux structures dans lesquelles j’étais. J’ai personnellement accordé toujours plus d’importance à l’envie, à la curiosité, à la personnalité d’un candidat plutôt qu’à l’école dont il était issu. Et ce, pour une raison essentielle : la richesse d’une entreprise nait de la diversité des profils de ses collaborateurs, pas de la volonté de lever une armée de clones, qui ne seront pas toujours capables de remettre en question des processus et des stratégies mis en place par des gens qui leur ressemblent trop, qui partagent le même référentiel culturel.

Pourtant, ces profils différents et « non normés » ont du mal à s’imposer dans les hautes sphères. Le diplôme est une raison, mais les managers en sont une autre : difficile d’accompagner un mouton à cinq pattes, difficile de faire confiance à des personnalités très autonomes sans ressentir une certaine gêne et une angoisse qu’ils puissent un jour nous remplacer. On préférera alors plutôt s’en éloigner, oubliant au passage que ces profils ne sont pas stimulés par le pouvoir, mais plutôt par le défi, le challenge intellectuel, la mission.

Mal-aimés par les grandes entreprises, ces profils décident souvent de tracer leur propre chemin, et parfois avec beaucoup de succès : on peut citer Xavier Niel (patron d’Iliad et de Free) qui a par exemple arrêté ses études en première année de prépa, Gilles Babinet (Digital Champion pour la France et entrepreneur à succès), qui à la suite d’un passage au collège et au lycée au cours duquel il a du mal à s’intégrer (comme de nombreux atypiques), passa son baccalauréat en candidat libre à l’âge de 20 ans. Les exemples sont aussi légion aux États-Unis parmi les patrons de grandes entreprises qui ont arrêté leurs études à la faculté et qui ont fait fi des GateKeepers.

Pour revenir à la notion d’apprentissage permanent, celui-ci a été mis à mal lors du passage du DIF (Droit Individuel à la Formation) au CPF (Compte Personnel de Formation). En effet, le DIF était très (trop) ouvert et a fait les belles heures des instituts de formation. Le CPF, quant à lui, implique un référencement compliqué des thématiques de formation, mal adapté par exemple aux sujets du numérique (un an pour référencer un contenu qui devient alors obsolète). En ce sens, la réforme de la formation avec un élargissement des formations proposées et avec un compte CPF alimenté en euros est une bonne chose, mais les sommes allouées aux heures jusqu’ici cumulées sont dérisoires (14,28€ de l’heure dès 2019 vs une valorisation actuelle moyenne d’une heure de formation aux alentours de 45€ par les OPCA). Elles profiteront surtout aux plateformes de e-learning, méthode d’apprentissage qui n’est pas adaptée à tous. Pourtant, l’apprentissage permanent est essentiel. Si le volume de contenus nouveaux à ingérer actuellement peut s’apparenter à une avalanche, toute personne ou toute entreprise qui restera sur ses acquis sera un jour submergée.

Trouver des contenus pertinents est une chose, mais encore faut-il savoir et vouloir apprendre : savoir apprendre implique de la curiosité intellectuelle, vouloir apprendre oblige à sortir de son confort, à accepter que l’on ne sait pas ou plus. Et ce, quel que soit le niveau que l’on peut avoir atteint dans sa vie professionnelle. C’est donc aussi une question d’humilité. Apprendre à apprendre est d’ailleurs un sujet qui était évoqué timidement par la Commission Européenne en 2006. Une douzaine d’années plus tard, force est de constater que cela a été tout aussi timidement écouté.

Derrière le sujet de l’apprentissage, c’est bien toute la logique éducative qui doit être repensée. Elle doit s’ouvrir à de nouvelles méthodes, mieux accepter la différence, intégrer le plus tôt possible les entreprises, tout en menant à bien ses missions de base que sont l’acquisition et l’utilisation de la lecture, des mathématiques, du raisonnement, des langues étrangères… et désormais de la culture numérique (incluant le code informatique).

Pour conclure, je dirais que pour construire le futur de nos entreprises, plutôt que de diplômes traditionnels, nous avons besoin de compétences « de terrain » : celles que l’on acquiert au fil des expériences et que l’on peut réellement mettre à profit dans un contexte professionnel.

Mathieu FLAIG

Les bénéfices de l’entrepreneuriat organisationnel

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La plupart des dirigeants reconnaissent qu’il est indispensable de promouvoir des approches entrepreneuriales, face aux disruptions en cours. Mais quels sont les bénéfices réels de l’entrepreneuriat organisationnel ? Par Véronique Bouchard, professeur stratégie et organisation EM Lyon Business School.

Si le concept d’entrepreneuriat organisationnel est apparu aux États-Unis dès le début des années 80, la fin des années 1990 a été marquée, tant aux États-Unis qu’en Europe, par l’émergence d’une culture pro-entrepreneuriale. Les dirigeants d’entreprises établies prirent conscience de l’importance de l’innovation et cherchèrent à utiliser l’entrepreneuriat organisationnel pour mieux exploiter leurs actifs incorporels mais aussi pour retenir leurs employés les plus talentueux.

Désormais, la plupart des dirigeants reconnaissent qu’il est indispensable de promouvoir des valeurs, des attitudes et des approches entrepreneuriales pour mieux faire face aux disruptions technologiques en cours et à l’accroissement de la compétition. Mais quels sont les bénéfices réels de l’entrepreneuriat organisationnel ?

Bénéfices économiques

Les entreprises qui mettent en œuvre des dispositifs destinés à encourager et à soutenir les projets entrepreneuriaux sont témoins d’une floraison de nouveaux projets qui tirent parti des ressources existantes et contribuent à générer de nouvelles sources de revenus. D’une manière générale, le coût de développement de ces projets est faible car il repose en bonne partie sur l’utilisation de ressources disponibles en interne (slack resources). Leur retour sur investissement est par conséquent élevé. Seule ombre au tableau, lorsqu’il s’agit de grandes entreprises, les revenus générés sont souvent modestes comparés au chiffre d’affaires total de l’entreprise.

Apport humain

Sur ce front également, l’entrepreneuriat organisationnel fonctionne remarquablement bien. Les dispositifs visant à l’encourager suscitent la plupart du temps beaucoup d’enthousiasme et d’implication de la part des employés. Dans les grandes organisations, il n’est pas rare que plusieurs centaines d’employés s’engagent dans un processus de développement de projet innovant. De nombreux participants décrivent leur expérience en termes très positifs. Ils soulignent qu’elle leur a permis d’établir de nombreux contacts hors de leur département et contribué à une meilleure communication horizontale et verticale ainsi qu’à une coopération accrue.

Parfois, cependant, les entrepreneurs organisationnels peuvent être très négatifs : cela se produit lorsque leurs attentes en termes de soutien matériel, de mentoring et de reconnaissance n’ont pas été satisfaites par l’organisation.

“Les entrepreneurs organisationnels s’adaptent plus facilement et rapidement”

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Rapidité et réactivité

Un bénéfice très important de l’entrepreneuriat organisationnel est l’accélération des cycles de développement et la réduction du temps de mise sur le marché. Celui-ci résulte du rôle central d’un ou de quelques individus dans la prise de décisions à tous les stades de développement des projets innovants. En effet, l’autonomie des entrepreneurs organisationnels leur permet d’identifier et de prendre en compte toutes les dimensions – technologies, ressources, exigences du marché – du développement d’une nouvelle activité, de réagir rapidement à de nouvelles informations et de modifier instantanément leur ligne de conduite.

En conséquence, les entrepreneurs organisationnels s’adaptent plus facilement et rapidement que leurs collègues soumis à des contraintes de processus et d’organisation. On observe cependant que l’“horloge” plus rapide des entrepreneurs organisationnels est une arme à double tranchant : elle peut accélérer le pouls de toute l’organisation ou, au contraire, générer de fortes tensions internes et finir par les décourager.

Apprentissages individuels et collectifs

Parce qu’il modifie les routines organisationnelles, l’entrepreneuriat organisationnel déclenche des processus d’apprentissage tant au niveau individuel que collectif. De nouvelles compétences sont acquises ; des connaissances sur de nouveaux marchés et technologies sont développées. Les entrepreneurs organisationnels acquièrent également de nouvelles compétences managériales et fonctionnelles et développent leur capacité à interagir avec les différents départements et parties prenantes de l’entreprise.

Les organisations, pour leur part, apprennent progressivement à laisser de la place aux idées et aux comportements “non conformes”, à soutenir et encadrer efficacement les individus qui les incarnent. Ces bénéfices importants sont malheureusement difficiles à évaluer avec les outils standards de mesure de la performance et sont rarement pris en compte lors de l’analyse coûts-bénéfices de l’entrepreneuriat organisationnel.