Coronavirus : Télétravail, chômage partiel… Quels risques psychosociaux guettent les salariés ?

source: 20 minutes

Télétravail à grande échelle ou boulot sur le terrain, la peur au ventre, chômage partiel d’ampleur, primes en berne… Depuis le début du confinement, le quotidien des salariés a été brutalement bouleversé. Même ceux qui avaient le vent en poupe professionnellement se trouvent fragilisés dans leurs certitudes. Et l’inquiétude des actifs est d’autant plus grande qu’ils ne savent pas quand et s’ils pourront retravailler comme avant. « D’où l’augmentation des risques psychosociaux à court ou moyen terme, contre lesquels les entreprises doivent se prémunir », prévient François Cochet, président de la Fédération des intervenants en risques psychosociaux (FIRPS).

woman having a video call
Photo de Edward Jenner sur Pexels.com

Alors que dans de nombreuses entreprises, le télétravail sur un ou deux jours par semaine prévalait, il est devenu obligatoire et continu dans nombre d’entreprises. « Or, beaucoup de salariés n’ont pas été préparés à travailler à distance. Ils ne maîtrisent pas forcément tous les outils numériques et ne disposent pas tous du matériel informatique adéquat pour cela, ou d’un vrai lieu de travail », constate Jean-Claude Delgènes, directeur général du cabinet de prévention des risques professionnels Technologia. Une plongée dans l’inconnu qui est plus difficile pour certains salariés : « Les moins autonomes sont les plus en difficultés, comme les juniors ou les personnes qui viennent de prendre leur poste », constate François Cochet. « Ceux qui vivent seuls, ou a contrario ceux qui vivent avec plusieurs enfants, supportent moins bien ce télétravail à long terme », complète Laurence Breton-Kueny, vice-présidente de l’association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH).

Ceux qui vont au boulot la peur au ventre

Et le fait que le télétravail sur une longue période n’ait pas été anticipé par les entreprises engendre des disparités dans la charge de travail, souligne le Docteur Bernard Astruc, psychiatre co-fondateur d’Eutelmed (plateforme d’accompagnement psychologique des salariés) : « Certains vont être en sous-activité et vont avoir le sentiment de ne pas être utiles. Et d’autres vont être en suractivité et vont culpabiliser de ne pas être aussi efficaces que d’habitude, car ils doivent s’occuper de jeunes enfants en parallèle ». Avec un risque de surmenage pour ces derniers, car la frontière entre travail et vie privée est d’autant plus ténue que le boulot à distance s’installe dans le temps.

Avec le télétravail 5 jours sur 5 pointe aussi le sentiment de solitude. « On est moins aidé par ses collègues, on est privé de tous les petits rituels (pause-café, déjeuner de service…) qui font la vie de bureau. Or le collectif de travail est un facteur de protection pour l’individu », souligne Jean-Claude Delgènes. Loin des yeux, l’entreprise paraît aussi moins proche et le sentiment d’appartenance moins fort. « Et pour les salariés qui ont un proche atteint du coronavirus, le travail peut devenir une source de stress supplémentaire », ajoute le Dr Astruc. Si ce système génère son flot de contraintes, le fait de sortir de chez soi pour aller au boulot n’est pas moins stressant. « Ceux dont le métier n’est pas praticable à distance sont souvent soumis à un surcroît de travail et sortent avec l’épée de Damoclès qu’est la maladie au-dessus de leur tête. Ce qui peut générer un stress préjudiciable », observe Jean-Claude Delgenes. Et les personnels de santé, confrontés à la souffrance et à la mort, sont particulièrement à risque.

« Dans l’esprit de certains, ce chômage partiel est le signe annonciateur d’un chômage futur »

Parallèlement, depuis le début du confinement, 5 millions de salariés ont été mis au chômage partiel. Une situation difficile à accepter pour beaucoup d’entre eux. « D’abord parce qu’ils ne perçoivent que 84 % de leur salaire net (100 % s’ils sont au Smic), sauf si leur entreprise a les moyens de procéder à un maintien du salaire complet », indique Laurence Breton-Kueny. Et psychologiquement, cette mise au chômage partiel est aussi très dure « Dans l’esprit de certains, c’est le signe annonciateur d’un chômage futur. Ils craignent d’être la cible de la restructuration de leur entreprise par la suite », explique Jean-Claude Delgènes. Et être désœuvré alors que l’on voit certains collègues trimer ou les professionnels exerçant des métiers dits « indispensables » crouler sous le boulot entraîne parfois, chez eux, un sentiment de culpabilité.

Outre la difficulté du confinement et de ses conséquences sur la vie professionnelle, c’est aussi l’après qui génère une forme d’angoisse : « Ceux qui sont en période d’essai ont peur qu’elle soit rompue. D’autres éprouvent une crainte profonde à l’idée de perdre leur emploi, surtout lorsqu’ils entendent de la bouche de Bruno Le Maire que la France traverse sa plus grave crise économique depuis 1945 », souligne Jean-Claude Delgenes. « Et les salariés dont l’entreprise avait déjà des résultats négatifs avant sont souvent les plus inquiets, à juste titre » ajoute Laurence Breton-Kueny.

Le rôle délicat des managers

Des risques psychosociaux que toutes les entreprises ne semblent pas avoir pris en compte, comme le constate Jean-Claude Delgenes : « Les premières semaines qui ont suivi le début du confinement, elles se sont focalisées sur les mesures d’urgence pour maintenir l’appareil de production, se réorganiser ou stopper une partie de le machine dans de bonnes conditions ». Les managers, envoyés sur le front, ont aussi plus de mal à repérer les signaux faibles chez leurs collaborateurs : « Ils n’ont souvent pas été préparés à piloter des équipes à distance et ne prennent pas forcément les bonnes décisions. Ils sont aussi parfois soumis à des injonctions paradoxales : comme maintenir la production tout en assurant la protection des salariés », indique Dr Astruc.

Reste que l’inaction dans la prévention des risques psychosociaux pourrait se payer cher, souligne François Cochet : « Les conséquences lors du retour à la normale pourraient être lourdes. Car la confiance des salariés risque d’être rompue, ce qui pourrait conduire à une forme de désengagement de leur part lors de la reprise d’activité ».

Les clés pour agir

Mais le confinement risquant de durer, il n’est pas trop tard pour agir. D’abord en encadrant mieux le télétravail. « Il faut aider les salariés à scinder leurs vies en posant des limites horaires », suggère tout d’abord Laurence Breton Kueny. « Les employeurs doivent répartir le travail en tenant compte des contraintes de chaque salarié (cohabitation avec des enfants, logement exigu…) », complète François Cochet. Autre impératif : lutter contre une forme de déshumanisation du travail. « En mettant en place régulièrement des visioconférences et des formations à distance, en lançant de nouveaux défis aux salariés… Le management doit devenir moins directif et plus empathique », recommande Jean-Claude Delgenes. « Les managers doivent organiser des réunions pour faire vivre le collectif, et passer plus de temps au téléphone avec chacun », renchérit Laurence Breton-Kueny.

Mais l’entreprise doit aussi tendre rapidement la main à ceux qui vont mal : « Il faut repérer les salariés « étoiles », qui ont de bonnes relations avec tous leurs collègues, afin qu’ils puissent remonter les signaux faibles », suggère Jean-Claude Delgenes. « Proposer une cellule d’écoute est aussi recommandé, car cela va aider les collaborateurs à verbaliser leurs soucis », souligne Laurence Breton Kueny. L’entreprise doit aussi être capable de mettre des mots sur la tempête qu’elle traverse : « Elle doit informer ses salariés de sa situation économique, afin que les salariés ne partent pas dans tous les sens. Et en insistant sur sa stratégie pour redresser le tir », estime François Cochet. Un avis partagé par Laurence Breton-Kueny : « La transparence est encore plus importante en temps de crise. Il faut montrer qu’il y a un capitaine à la barre »

Détecter un collègue en souffrance est du ressort de chacun

source: editions tissot

upset-2681502_1280

Afin d’éviter qu’un salarié ne s’enfonce dans une situation de détresse ou se retrouve en situation d’isolement, une attention toute particulière doit être portée sur la qualité des relations de travail. Une bonne communication entre hiérarchie et personnel permettra que des problèmes difficilement perceptibles soient pointés et traités avant le drame ou le burn-out.

Les risques psychosociaux (RPS) regroupent l’ensemble des risques trouvant leur origine dans l’organisation et le contenu du travail ainsi qu’au travers des relations humaines en milieu professionnel. Le stress, le harcèlement moral et sexuel au travail et les violences, internes et externes à l’entreprise constituent les principales situations responsables des RPS. Ces facteurs peuvent porter atteinte à l’intégrité physique et psychique des personnes.

Les troubles caractérisant les RPS

  • le stress : le salarié se sent incapable de gérer ses contraintes professionnelles et considère qu’il n’y a aucune amélioration possible de la situation (stress négatif) ;
  • les violences : elles peuvent être verbales (insultes, brimades, intimidations, etc.), écrites, physiques ou matérielles (par exemple, actes de dégradation ou de destruction de documents) ;
  • le harcèlement : il peut être moral ou sexuel. Il se caractérise par la répétition des comportements ou propos dégradants ou humiliants.

Au niveau individuel, l’exposition aux RPS peut favoriser l’émergence de divers troubles (état dépressif, état anxieux, troubles du sommeil, douleurs dorsales, ulcères, abus de drogue/alcool/tabac, troubles musculo-squelettiques, accidents du travail, suicides, etc.).

Au niveau collectif, les RPS désorganisent les entreprises et les collectifs de travail. Dans les entreprises où ils sont présents, on peut ainsi noter : une augmentation de l’absentéisme et du turnover, des difficultés pour remplacer le personnel ou recruter de nouveaux employés, une augmentation des accidents du travail, une démotivation, une baisse de créativité, une dégradation de la productivité, une augmentation des rebuts ou des malfaçons, une dégradation du climat social, une mauvaise ambiance de travail ou encore des atteintes à l’image de l’entreprise.

Des souffrances, des signes avant-coureurs

Il y a plusieurs souffrances liées entre elles dans le monde du travail, mais on peut les regrouper dans deux catégories : la souffrance physique et la souffrance morale.

La souffrance morale est liée principalement à l’environnement dans lequel évolue le collaborateur : peu d’échanges, manque de reconnaissance, interactions limitées aux commentaires, concurrence interne, évaluation négative du travail effectué. Cela peut entraîner un phénomène de mal-être au travail s’exprimant par du stress, de l’anxiété ou celui de la dévalorisation du travail et par la suite la dépression et les idées suicidaires.

La souffrance physique s’y ajoute du fait de l’accumulation de stress, d’une charge de travail trop importante ou ingérable, ou même d’une mauvaise gestion des ressources humaines dans l’entreprise. Cette souffrance physique peut se manifester par des troubles musculo-squelettiques (TMS), des maladies cardiovasculaires, des troubles du sommeil, des troubles de l’appétit, des douleurs dorsales, des ulcères, des maladies psychosomatiques, etc.
Lorsque cette souffrance physique est trop forte, c’est le moment où l’on parle de « burn-out », ou « épuisement professionnel » qui peut avoir des conséquences graves sur la santé mentale et amener à une longue période d’arrêt maladie, voire à une démission.

Il ne faut pas négliger non plus les conséquences comportementales : addictions (drogue, alcool, tabac, jeu), difficultés de concentration et de mémorisation, difficultés pour prendre des décisions, agressivité, repli sur soi, etc.

Comment détecter ces phénomènes ?

L’observation est la clé. Au niveau physique, on peut constater une prise ou une perte de poids rapide, l’apparition de petits maux liés au stress (mal de dos, mal de tête, digestion), une forte consommation de produits excitants comme le café ou la cigarette, les yeux cernés pendant plusieurs jours ou tout simplement une forme générale moins bonne. Mais cela passe aussi par l’attitude du collaborateur, qui pourra s’isoler plus souvent, s’écarter des lieux de détente et de discussion, être plus irritable ou travailler au-delà des heures de bureaux.

Ainsi, sans pour autant être à l’affût de tout changement de comportement, il est important que le manager constate ces symptômes, surtout lorsqu’ils s’accumulent.

Qui prévenir d’une situation de RPS ?

Que l’on soit employeur, manager ou salarié, chaque individu doit pouvoir contacter au sein de son entreprise les acteurs intervenant dans le champ de la prévention des RPS dès lors qu’il s’estime comme étant en souffrance au travail ou que des risques pour sa santé sont avérés.

Au niveau local, les référents RPS à contacter peuvent être le chef d’entreprise, le responsable des ressources humaines, le chargé de prévention, le référent mixité, le médecin de prévention ou infirmière, le psychologue ou l’assistante sociale, le CHSCT.

La prise en charge du salarié en souffrance pourra ensuite prendre la forme d’un suivi médical ou psychologique, d’une écoute ou d’un soutien via une cellule d’écoute ou un numéro vert.

Vous souhaitez faire prendre conscience aux salariés des RPS auxquels ils sont exposés ou qu’ils font courir à leurs collègues ? Les Editions Tissot vous conseillent leurs « Dépliants risques psychosociaux ».

Pour contacter l'UNSA Financo: unsa.financo@gmail.com

Médecine du travail, réforme en vue

source: Le Télégramme

computer desk laptop stethoscope
Photo de Negative Space sur Pexels.com

La médecine du travail ne cesse de voir ses effectifs fondre. C’est l’une des préoccupations du Pr Jean-Dominique Dewitte, du service pathologies professionnelles du CHRU de Brest, qui a été élu en février président de la Société française de médecine du travail (SFMT).

Qu’est-ce que la société française de médecine du travail ?

Dans notre discipline, il y a beaucoup de sociétés à compétence géographique ou professionnelle : pour le bâtiment, pour l’agriculture ou la fonction publique. Notre société fédère tout le monde, pas que des médecins, mais aussi des infirmières de santé au travail et des intervenants en prévention des risques professionnels IPRP.

Comment a évolué votre spécialité ?

Dans les années 90, il y avait 10 000 médecins du travail en France, presque 6 000 au début des années 2000 et en 2022 il y en aura moins de 3 000. Les enseignants sont très peu nombreux, une cinquantaine, contre 300 dans d’autres spécialités en France. Certaines facultés, comme Nantes, ont même choisi de faire disparaître la discipline. La médecine du travail n’est pas forcément dans les priorités du gouvernement actuel, dont l’objectif est d’abord ne pas nuire à l’industrie, même si c’est aux dépens de la santé des salariés. Je me suis battu contre une proposition de loi qui était de faire voir les apprentis par les médecins généralistes, qui n’ont eu que quelques heures de cours sur la médecine du travail durant leur formation et qui n’ont pas le temps, durant la consultation, d’aborder le volet de la prévention, important pour les apprentis. Les sénateurs avaient annulé l’amendement, qui est repassé à l’Assemblée nationale. Malheureusement c’est définitif. Ils peuvent être vus par un généraliste si l’entreprise ne trouve pas un médecin du travail dans les quinze jours qui suivent.

Qu’attendez-vous des trois rapports qui ont été publiés cet été ?

Deux des rapports préconisent une chose pour laquelle on se bat depuis des années : que les médecins du travail puissent avoir accès au dossier médical des gens. On peut comprendre la réticence parce que le médecin du travail est un médecin imposé aux salariés. Mais nous voudrions pouvoir y mettre tout ce que le salarié a subi ou tout ce à quoi il a été exposé au cours de sa carrière pour que son médecin traitant connaisse un peu son parcours, pour son suivi, une fois qu’il ne sera plus dans l’entreprise ou retraité. Les agents cancérogènes produisent leurs effets 30 ou 40 ans après, à un moment où le salarié n’est plus suivi par nos services, il serait intéressant de poursuivre ce suivi en milieu libéral. Par ailleurs, le rapport de la députée Charlotte Lecocq veut révolutionner la médecine du travail instaurée en 1946, avec une étatisation des choses. Tout serait regroupé dans une seule agence, un guichet unique. Un projet qui se heurte à l’opposition des employeurs, qui président aujourd’hui les services de santé au travail. Le rapport du Pr Paul Frimat, de Lille, sur l’exposition des salariés aux agents chimiques dangereux conclut, au contraire, qu’il faut renforcer les services de santé au travail pour assurer une meilleure traçabilité. La crainte est, qu’avec ces réformes, les médecins du travail perdent le lien avec les entreprises.

De nouveaux risques sont-ils apparus ?

Oui, de nouveaux risques émergent. Ce n’est qu’en 2001 que le réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles a pu intégrer les risques psychosociaux. Avant cela, j’avais créé une consultation spécialisée dans mon service. C’est devenu un risque prépondérant. Les risques chimiques sont toujours importants. Les nanomatériaux font beaucoup parler d’eux, de même que les pesticides. On voit réapparaître des maladies qu’on pensait quasiment disparues, comme la silicose, surtout en Espagne, chez les cuisinistes qui font les plans de travail en matériaux composites dans lesquels il y a jusqu’à 80 à 85 % de silice. Des silicoses sont apparues chez des salariés qui découpaient et travaillaient ces matériaux sans protection, également chez les fabricants de piscine. Le ministère nous a demandé un rapport sur tous les risques de la silice.

Les risques professionnels dans les métiers de la relation commerciale

Selon la nature du poste, sédentaire ou avec déplacements fréquents éventuellement très lointains, travail isolé ou en équipe structurée, avec un rythme et des conditions de travail bien spécifiques (horaires excessifs et irréguliers, éloignement du domicile, longs voyages, repas d’affaires…) ou travail dans un bureau soumis à d’autres contraintes (environnement bruyant, travail permanent sur écran et au téléphone…), les métiers de la relation commerciale sont soumis à des contraintes organisationnelles et relationnelles susceptibles de générer des situations à risques (physiques ou psychologiques).

Voici le lien vers un dossier sur la prévention des risques professionnels dans les métiers de la relation commerciale que nous vous recommandons.

——————————————————————–
Aux salariés de Financo: pour vous accompagner ou vous conseiller, n’hésitez pas à contacter vos élus ou à envoyer un mail à: unsa.financo@gmail.com. En adhérant à l’UNSA, vous bénéficiez d’une assistance juridique gratuite. bulletin adhésion