Arkéa veut rendre son projet de sécession irréversible

Dans un entretien aux « Echos » Jean-Pierre Denis affiche une détermination intacte : si son calendrier se déroule comme prévu, la décision formelle de quitter le giron du groupe Crédit Mutuel pourrait être prise en septembre. Mais les écueils ne manquent pas.

JPD

Personne n’en doutait vraiment. Mais la détermination de Jean-Pierre Denis reste intacte. En marge de la présentation de résultats record pour son groupe, le président du groupe Crédit Mutuel Arkéa ne dérive pas d’un iota dans son projet de mener à terme l’indépendance d’Arkéa

Dans ce qui n’est encore qu’un scénario, le groupe quitterait le giron confédéral du Crédit Mutuel (CNCM) et renoncerait à porter la marque du groupe mutualiste. Ce qui est plus neuf est l’argumentation choisie : aux commandes du groupe depuis dix ans, l’homme cherche à démontrer que ce mouvement est logique, et inéluctable.

Dédramatiser le divorce

Sur le plan économique, d’abord, il s’appuie sur les bonnes performances du groupe. « Cette réussite, objective et indiscutable, confirme la capacité du groupe Arkéa à poursuivre son développement en toute indépendance, au service de ses clients et sociétaires. J’ajoute que nos performances, exceptionnelles en 2017, ne doivent rien à la Confédération », souligne Jean-Pierre Denis.

Sur le plan technique, ensuite, l’homme s’emploie à dédramatiser le scénario d’un divorce au Crédit Mutuel. « Nous n’avons avec le CM11-CIC [principale entité du groupe Crédit Mutuel, regroupant onze fédération et le CIC, NDLR] aucune relation de partenariat, aucune filiale commune, nous ne partageons aucun projet de développement. Nous disposons de notre propre système d’information et nous nous refinançons nous-mêmes sur les marchés de façon autonome », indique Jean-Pierre Denis.

« Vote formel »

Reste à faire voter les actionnaires d’Arkéa, c’est-à-dire les 331 caisses locales, elles-mêmes rattachées à l’une des trois fédérations composant Arkéa. Elles doivent se prononcer à partir du 23 mars sur le projet présenté comme un choix entre « indépendance avec sortie de la confédération qui permet de poursuivre la stratégie engagée depuis 2008 » et « un scénario d’intégration dans un groupe de crédit mutuel centralisé ».

« Nous sommes coopératifs et mutualistes aujourd’hui, le projet qui est soumis aux caisses locales est de rester coopératifs et mutualistes. C’est notre ADN et il n’a jamais été question de s’en éloigner », insiste Jean-Pierre Denis. La consultation doit s’achever autour de la mi-avril. « Un premier vote permettra aux caisses locales d’exprimer une orientation. Si l’indépendance venait à s’imposer, nous finaliserons le projet de séparation, que nous soumettrons au Comité central d’entreprise. Les caisses locales seront à nouveau consultées à l’automne sur la base d’un projet d’indépendance finalisé. »

Cranter pour de bon

Autant de manières de cranter pour de bon le scénario de l’indépendance… qui n’aura rien d’un parcours de santé. Première difficulté, et pas des moindres, trouver une solution juridique adéquate pour cet Arkéa en solo qui souhaite rester mutualiste. Or, la création d’un nouveau groupe de ce type demande en théorie une loi… que le gouvernement n’a aucune intention d’écrire .

« Les régulateurs ont, à ce sujet, précisé que la séparation était possible, au cas d’espèce, sans intervention législative. Nous examinons actuellement, en relation avec les autorités bancaires françaises et européennes, le schéma d’organisation qui préservera, et c’est notre condition première, notre modèle coopératif et mutualiste », relate Jean-Pierre Denis, qui veut croire dans le pragmatisme des gendarmes bancaires.

Autre écueil spectaculaire à éviter : Arkéa est parvenue à faire interrompre par une décision en référé une procédure disciplinaire lancée par la CMCN en janvier à l’encontre de ses trois principaux dirigeants. Mais, le Conseil d’Etat doit très prochainement se prononcer – entre autres points – sur la validité de cette procédure de sanction. Si celle-ci était confirmée, la machine pourrait repartir, avec en ligne de mire une éventuelle révocation des dirigeants.

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