Bien-être au travail : que faut-il améliorer ?

source: chefdentreprise.com

black and white conference room facial expression furnitures
Photo de Christina Morillo sur Pexels.com

La manière de travailler évolue, et des éléments centraux peuvent améliorer la qualité de vie au travail ainsi que l’espace pour contribuer au bien-être des salariés. Type d’espace de travail, flex-office, nomadisme, télétravail, autant de conditions à prendre en compte pour les entreprises.

Le flex-office, le nomadisme et le télétravail sont-ils en croissance ? C’est l’une des questions auxquelles a voulu répondre Actineo, dans le cadre de son baromètre annuel qui décrypte, analyse et mesure l’évolution des modes de vie des Français au travail. L’objectif global étant de savoir si les Français sont satisfaits de leur qualité de vie au travail, et si certains sont plus satisfaits que d’autres, et pourquoi.

Qualité de vie au travail : une satisfaction de façade… qui masque bien des frustrations

Ceux qui travaillent dans un bureau sont-ils heureux ? Oui… en apparence ! Si la très grande majorité des actifs interrogés (87%) se déclarent « satisfaits de leur qualité de vie au travail », seuls 24% vont jusqu’à se dire très satisfaits.

Parmi les facteurs qui contribuent à la satisfaction au travail, on trouve la position hiérarchique, mais aussi la taille de l’entreprise et le type d’espace de travail. En effet, ceux qui travaillent dans un bureau fermé individuel portent un regard plus positif sur leur qualité de vie au travail que ceux qui travaillent dans un grand open space (« un espace ouvert de plus de 10 personnes », dans les termes de l’enquête Actineo). Cependant, d’autres indicateurs remettent en question cette satisfaction globale. Se sentir « stressé dans son travail » est le lot de 46% des actifs qui y travaillent. Et 42% d’entre eux se prennent parfois à penser que « leur travail manque de sens ».

Parmi les actifs travaillant dans un bureau, seulement 13% sont insatisfaits de leur qualité de vie au travail. Cependant, parmi ces 13%, on note une insatisfaction plus forte chez ceux qui pratiquent le flex-office, avec 22% d’insatisfaits. Le flex-office, qu’est-ce que c’est ? Avec 92% des personnes sans poste attribué qui n’ont pas la possibilité de pré-réserver une place, le flex-office, c’est « premier arrivé, premier servi » ! Les « sans bureau fixe » s’installent, dans 60% des cas, dans un espace partagé et, pour 15%, à un poste « dans un espace isolé, où ils sont seuls ». Mais 24% d’entre eux déclarent s’installer soit dans un espace ouvert, soit dans à un poste de travail individuel, selon ce qui est disponible à leur arrivée.

L’espace de travail, de plus en plus central pour le bien-être des salariés

Cette satisfaction en demi-teinte s’applique donc à l’espace de travail, alors même que les employeurs ont tout intérêt à y apporter le plus grand soin.

L’un des principaux enseignements du baromètre de 2019 est en effet la conviction croissante, chez les actifs sondés, que l’espace de travail influe fortement sur la qualité de vie au travail. Pour 50% d’entre eux, l’espace de travail a un impact « très important » sur leur santé, et 48%, sur leur bien-être. Deux chiffres en hausse de 5 points depuis 2017.

Par ailleurs, 43% des sondés considèrent que leur espace de travail a un impact très important sur leur motivation (et 41%, sur leur efficacité). Là où le bât blesse, pour un facteur de bien-être au travail aussi déterminant, c’est que moins d’un quart (22%) des actifs interrogés jugent leur lieu de travail très bien adapté à leurs besoins. Parmi ceux qui jugent leur qualité de vie au travail insatisfaisante, ils sont 66% à penser que leur lieu de travail est mal adapté à leurs besoins.

Des équipements mieux adaptés pourraient être une réponse. En témoigne la proportion surprenante (43% !) de personnes qui aimeraient disposer « d’un siège ergonomique réglable en fonction de leur anatomie et de leur façon de travailler« . En effet, 39% seulement des interrogés déclarent en être équipés, alors qu’on aurait pu croire que les entreprises avaient déjà massivement adopté ce type de siège. Parmi les autres équipements ardemment souhaités, la table réglable en hauteur arrive en première place (48%) et le mobilier connecté intelligent en deuxième place (46%), quand seuls 20% des bureaux en sont équipés aujourd’hui, dans les deux cas.

Lieux de travail : la mutation continue

A quoi ressemblent aujourd’hui les lieux de travail ? Pour une grande majorité (66%) des actifs travaillant dans un bureau, la réalité de l’espace de travail principal reste celle, traditionnelle, du bureau fermé. Pour la moitié (49%, ce qui correspond à 33% du total des interrogés) de ceux qui disposent d’un bureau fermé, il s’agit même d’un bureau individuel.

L’open space, révolution de la seconde moitié du vingtième siècle en matière d’aménagement de bureau, concerne aujourd’hui 34% des actifs. Pour une majorité (65%) de ceux qui travaillent en espace ouvert – soit 22% du total des interrogés – il s’agit d’un espace de taille modeste, regroupant moins de 10 personnes.

Toujours plus de travailleurs nomades

Le phénomène du « travailleur nomade » qui, smartphone en poche et ordinateur portable sous le bras, passe de cafés en hôtels, et de halls de gare en jardins publics, est en pleine croissance. On en compte 53% en 2019, soit 5 points de plus qu’en 2017. Les travailleurs nomades réguliers (qui travaillent en dehors de leur lieu principal de travail au moins plusieurs fois par semaine), quant à eux, restent stables, à 30%.

Le télétravail a la cote !

Contrairement aux transports en commun, le domicile est un lieu de travail de plus en plus apprécié. 54% des interrogés affirment « utiliser leur domicile comme lieu de travail dans le cadre de leur activité professionnelle » et pratiquent ainsi un télétravail ponctuel et informel : il est parfois plus pratique de répondre à un mail ou de se plonger dans un rapport chez soi le soir ! Ils sont 29% à déclarer pratiquer le télétravail. Dans la plupart des cas, il s’agit d’un accord formel entre le salarié et l’employeur, puisque 70% des télétravailleurs déclarent que cette pratique s’inscrit dans un cadre juridique strict.

Pouvoir travailler depuis chez soi est largement perçu comme un avantage. Pour 80% de ceux qui pratiquent le télétravail, c’est une source de satisfaction, et lorsqu’on demande aux actifs où ils préféreraient travailler, ils ne sont pas moins de 26% à opter pour une solution « uniquement en télétravail à domicile ».

Flexibilité des espaces de travail et liberté, des enjeux clé pour le bien-être

Quand on demande aux actifs travaillant dans un bureau ce qu’il leur faudrait « en priorité, pour améliorer leur bien-être et leur efficacité au travail », leur premier choix (32%) parmi 6 propositions se porte sur une demande de flexibilité temporelle accrue (« pouvoir choisir plus librement l’aménagement de votre temps de travail dans la semaine »). Le second choix porte sur l’espace : 25% souhaitent « pouvoir choisir plus librement [leur] lieu de travail selon [leurs] besoins ». Ce deuxième chiffre est en hausse de 5 points depuis l’enquête 2017. En d’autres termes, si le temps reste une variable d’ajustement centrale, l’espace grignote de l’importance dans l’équation « travail / bien-être ». Travailler plus librement où on le souhaite, voilà l’aspiration dominante des salariés français.

Cette édition 2019 du baromètre Actineo montre que les actifs sont de plus en plus conscients de l’influence de l’espace de travail sur le bien-être au travail. De plus en plus revendiquées par les Français, les demandes de flexibilité, de confort et de liberté au travail sont directement liées à l’accroissement des usages comme le nomadisme, le coworking ou le télétravail. Ce sont autant de pistes pour imaginer les espaces de travail de demain : employeurs, à vous de jouer !

* Méthodologie : cette étude Actineo / Sociovision a été menée en février 2019 sous forme d’enquête en ligne auprès de 1218 actifs occupés français travaillant dans un bureau.

Publicités

Open space, pourquoi tant de haine ?

source: l’express

business businessmen classroom communication
Photo de Pixabay sur Pexels.com

La communication et la liberté tant vantées exacerbent les travers de la vie de bureau et la nervosité des salariés.

Des plantes vertes disséminées dans un espace ouvert et chaleureux où patron et secrétaire travaillent au coude à coude : les « bureaux paysagers » imaginés dans les années 1950 par les frères d’origine allemande Eberhard et Wolfgang Schnelle avaient, à l’origine, tout du havre de paix. Aujourd’hui, les 16% de salariés français qui travaillent en open space en semblent bien loin.

Conçu pour répondre à la tertiarisation de l’emploi dans les années 1950-60, le modèle du « plateau ouvert » connaît rapidement le succès dans les pays anglo-saxons. En France, la greffe est plus longue à prendre. Il faut attendre les années 1980 pour que la volonté de réduire les coûts pousse les entreprises à décloisonner les bureaux fermés. À l’image des start-up de la Silicon Valley, l’open space français se doit désormais d’être cool.

« On retrouve partout le même canapé Ikea, la même table de ping-pong et la moquette en fausse pelouse, énumère Nicolas Santolaria, journaliste au Monde et auteur de Le syndrome de la chouquette -Ou la tyrannie sucrée de la vie de bureau (éd. Anamosa). Cette inspiration ne concerne pas que le mobilier. L’attitude du salarié va avec. Arriver le matin dans l’open space avec son café Starbucks, c’est être un peu new-yorkais à Levallois-Perret. »

Circulation des idées

Environnement branché et relations hiérarchiques aplanies : sur le papier, l’open space a tout bon. En réalité, les linéaires de bureaux identiques n’ont pas gommé les relations de pouvoir. « Plus que l’organisation en elle-même, c’est le discours sur l’open space qui est intéressant, détaille Elisabeth Pelegrin-Genel, architecte, urbaniste et psychologue du travail. Est-ce que la direction elle-même est concernée par l’open space ? Si non, c’est une manière de dire ‘c’est bon pour vous, mais pas pour nous’. Au lieu de faire oublier les symboles de la hiérarchie, on les renforce en les rendant plus visibles. Le bureau personnel est une denrée tellement rare qu’on ne voit plus que lui. »

À l’opposé de l’espace fermé garant de discrétion et de concentration, l’open space serait le lieu de la circulation des idées. Pierre, 37 ans, confirme : « Je travaille dans la publicité et je m’imagine mal devoir frapper à la porte d’un collègue pour lui dire un mot. Dans notre milieu, les choses doivent aller vite et les relations ne sont pas très formelles. L’open space permet d’aller à l’essentiel. »

La transhumance du salarié

Seul problème -et pas des moindres- les discussions enflammées des uns nuisent souvent au besoin de calme des autres. « Une personne qui hurle au téléphone, des groupes qui font une pause café, les fins de réunion où les gens continuent de débattre, les conf-calls : tout ça me tend, détaille Nathalie, 41 ans. Non seulement cela m’empêche de rester concentrée mais, pour moi, cela montre un manque de respect. »

Sans y voir la moindre absurdité, on finit donc par envoyer des mails à son voisin et à téléphoner dans le couloir pour ne pas déranger. Les choses se compliquent encore à l’heure de la réunion d’équipe. Cahiers dans une main, téléphone et mug de café dans l’autre, les salariés délogés amorcent leur transhumance vers une salle susceptible de les accueillir.

De salles de réunions occupées en bulles de confidentialité trop petites, certains trouvent refuge aux confins de la cafétéria. « On se sent free-lance dans son entreprise. Ce nomadisme fait que même les espaces de détente n’en sont plus vraiment », relève Nicolas Santolaria.

Le ballet bien rodé du quotidien

Vu de tous, partout et tout le temps, le salarié prend un air affairé dans les couloirs et pianote avec intensité sur son clavier. L’objectif : donner à ses pairs l’impression qu’il travaille dur et suffisamment longtemps. Pas question non plus de se faire mal voir en partant avant les autres.

Jour après jour, les habitudes de chacun se déploient sous le regard de la collectivité. « Cela n’a pas que des mauvais côtés, plaide Pierre. L’open space favorise aussi les moments de convivialité. C’est un peu comme une colonie de vacances. On est par exemple plus enclins à déjeuner en équipe. »

Régulièrement, des crises brisent le train-train de ce ballet quotidien. Climatisation, chauffage et bruits intempestifs suffisent à échauffer les esprits. Parfois, un pot de yaourt suffit. « L’une de mes collègues a jeté le dessert que j’avais rangé dans le frigo commun, raconte Louise, 40 ans. Je suis entrée dans une rage folle. J’ai hurlé dans l’open space, sans pouvoir me contrôler. L’ingérence des uns et des autres dans mon quotidien m’a fait vriller. »

Perte d’intimité

Perte d’autonomie, sensation d’être observé en permanence, dépersonnalisation de l’espace expliquent en partie la réaction excessive de Louise. En 2013, déjà, deux chercheurs néo-zélandais, Rachel Morrison et Keith Macky, affirmaient dans la revue Applied Ergonomics que « les bénéfices dus à l’augmentation des échanges dans des espaces ouverts sont loin de compenser la baisse de productivité engendrée par l’accroissement du niveau sonore et la perte d’intimité ».

« Je trouve les open spaces épuisants, confirme Nathalie, car on supporte toute la journée, sans aucun moyen d’y échapper, les sentiments de ses collègues. Dans un environnement professionnel, il s’agit souvent de stress et de nervosité, ou de démotivation et de déprime. On a chacun nos vies et nos problèmes, mais on se retrouve ‘contaminés’ par ceux des autres, comme si les nôtres ne suffisaient pas. »

Boules Quiès et flex office

« Les salariés dépensent beaucoup d’énergie à essayer de se recréer une bulle d’intimité, poursuit Nicolas Santolaria. Pour se projeter vers l’autre, communiquer efficacement, il faut déjà se sentir bien sur son lieu de travail. »

Reconstituer un espace vital permet de compenser -un peu- cette sensation d’étouffement. Photos, plantes vertes ou gadgets ont au moins le mérite d’apporter une touche personnelle à l’espace aride du bureau. Apprendre à s’isoler est également essentiel. Pour ceux qui ne supportent pas le bruit, boules Quies ou musique classique au casque constituent un pis-aller efficace. Les autres devront faire un effort de concentration supplémentaire.

L’open space tel qu’on le connaît évolue. Selon l’étude de 2017 de l’observatoire Actineo qui mesure la qualité de vie au travail, 6% des salariés pratiquent déjà le « flex office ». Aucun poste ne leur est attribué. Le matin, les premiers arrivés sont les premiers servis. Corollaire de ce nomadisme poussé à son paroxysme, le télétravail se généralise et les espaces de coworking poussent comme des champignons. C’est désormais chez soi que l’on tâche de recréer le « bureau paysager » de ses rêves.