Coup d’éclat dans le monde de la mutualité, les administrateurs d’Arkea choisissent l’indépendance

source: atlantico.fr

Cette initiative va obliger le monde de la mutualité bancaire à sortir de son opacité et à prendre en compte la modernisation nécessaire du métier.

Coup d’éclat dans la monde de la mutualité, les administrateurs d’Arkea choisissent l’indépendance

En réclamant l’autonomie de gestion et l’indépendance, le groupe Arkea fait figure de pionnier dans le monde bancaire. Quand, en plus, ça touche à l’organisation du monde un peu opaque de la mutualité, ça paraît encore plus transgressif.

Après presque un an de travail et de pédagogie, les administrateurs du groupe Arkea ont voté à 94% pour la séparation d’avec la confédération du Crédit Mutuel.

Au départ, les dirigeants du Crédit Mutuel à Paris n’y croyaient pas trop. Pascal Durand, le directeur général et Nicolas Théry, le président, regardaient cette agitation régionale d’un œil sceptique en considérant qu’il s’agissait plus d’un accès d’adolescents.

La banque, c’est une affaire sérieuse donc tout rentrera dans le calme.

Cela dit, en recevant les résultats d’une consultation de tous les administrateurs des caisses locales, ils ont pris conscience du sérieux de l’opération qui remettait en cause leurs habitudes et leurs prérogatives. D’où leur première réaction de régler cette affaire en faisant preuve d’autorité et en adoptant de nouveaux statuts qui renforceraient leur capacité à retirer l’agrément de dirigeants de fédérations. En termes clairs, ils menacent de sortir l’arme atomique pour calmer le jeu.

En réalité, personne ne croit sérieusement qu’on pourra déclencher une guerre atomique, personne n’y a intérêt. A Bercy on sait qu’il faudra trouver une médiation. Du côté des amis politique d’Emmanuel Macron, on regarde cette perspective de changement avec intérêt.

 On sait maintenant qu‘il ne s’agit pas d’une simple querelle de personne. C’est beaucoup plus sérieux. Les raisons de cette demande en divorce sont fondées sur des différences de stratégie. Du côté d’Arkea, on s’est lancé dans des réformes d’adaptation aux mutations qui agitent le monde de la banque et qui doivent permettre d’assumer un nouveau type de relation client, compte tenu de la concurrence et du digital.

Dans le monde politique et syndical, on sait bien que la banque est en risque de crise grave. C’est un secteur où les effectifs sont tellement nombreux que le digital et la robotisation vont obliger ces personnels à changer de métiers. Or, ni l’opinion ni les grandes structures ne sont pas toutes prêtes à cela.

Arkea offre un réponse alternative au modèle actuel pour éviter que « la banque soit la sidérurgie de demain » selon la formule consacrée du rapport Nora Minc en 1978, déjà, à l’époque.

L’opération dans laquelle s’est lancée Arkea est une première.  Pour faire court, Arkea, c’est le petit cousin breton du Crédit Mutuel. Arkea a grandi en Bretagne et il est devenu, c’est vrai, turbulent, mais ambitieux et performant. En fait, il a compris très vite que les technologies  digitales allaient  bouleverser son métier habituel.

Les banques ont toujours fait commerce de l’argent, l’épargne d’un coté, le crédit de l’autre. Pour le faire en toute sécurité, il leur fallait être proche de leurs clients et paraître riches. C’est pour cela, qu’au cours de l’histoire,  les banques ont ouvert des agences à tous les coins de rue. Avec des enseignes omniprésentes. Plus la banque était grosse, importante, plus le client pouvait avoir confiance. Du moins, c’est ce qu’on a cru. Jusqu’au jour où les grosses banques ont confondu la taille avec l’arrogance et vu cette confiance se fissurer.

Aujourd‘hui, le client a surtout besoin d’expertise, de réactivité, de solutions à ses problèmes.

De ces services qui étaient autrefois réservés aux riches, Arkea a compris que grâce à la technologie, il pouvait les offrir au plus grand nombre. Arkea a aussi compris que s’il ne faisait pas évoluer son métier, d’autres viendraient séduire ses clients. Amazon, Orange, Google, et même Facebook… Toutes ces entreprises vont arriver et mordre les chevilles des BNP, Socgen avec l’intention de les manger. Plutôt que d’attendre, mieux vaut se préparer à réagir.

Alors, pour affronter cette concurrence, Arkea a cherché à changer son logiciel de fonctionnement. Arkea a introduit dans son moteur, les nouvelles technologies, il a accueilli dans son orbite des Fintech. Des start-up qui débordent d’imagination et d’innovation. Fortuneo est un des exemples les plus connus. Mais il y en a d’autres dans le groupe. Beaucoup d’autres.

Arkea, sans faire de bruit, est sorti de la banalité, pour échapper à la fragilité. Echapper au déclin. Arkea a initié le changement avec la confiance du monde des affaires régionales.

Et pour gérer les risques du changement, il lui fallait de la liberté, de la souplesse et s’affranchir de son noyau d’origine, couper le cordon.  Comme le font tous les jeunes qui veulent innover et courir de l’avant. Sans jamais oublier d’où on vient, sa culture, son ADN…

Alors bien sur, Arkea est riche aujourd’hui. Donc le groupe breton attise les convoitises. Riche d’expériences et riche de résultats de potentiel. Alors, ça ne plait pas à tout le monde, cette liberté. D’autant que cette banque regarde le monde du bout de son Finistère natal.  Donc, ça agace. C’est un peu le monde à l’envers. Mais le monde est à l’inversion de la hiérarchie traditionnelle des normes.

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Crédit Mutuel : la Confédération sort l’arme atomique contre Arkéa

source: latribune.fr

Pascal Durand, le directeur général, et Nicolas Théry, le président de la Confédération nationale du Crédit Mutuel.

L’organe central du groupe bancaire mutualiste a adopté de nouveaux statuts renforçant sa capacité de retirer l’agrément de dirigeants de fédérations : en ligne de mire, les dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa qui veulent prendre leur indépendance.

C’est un petit communiqué à l’air anodin, adressé un vendredi après-midi, intitulé « La Confédération nationale du Crédit Mutuel renforce dans ses statuts une pratique mutualiste centenaire : la subsidiarité. » Une page est consacrée à l’ajout d’un article consacrant les « principes de subsidiarité, de territorialité et de solidarité » et la défense de « l’organisation décentralisée du Crédit Mutuel, au plus près de ses sociétaires et des clients, notamment en termes de centres de décisions locaux et régionaux et d’emploi. »

L’organe central du groupe bancaire mutualiste ne cache pas qu’il s’agit de répondre aux « accusations régulières des dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa d’une volonté de centralisation de la Confédération ». Une branche d’olivier tendue en somme ? Pas vraiment.

Un paragraphe au verso du communiqué évoque brièvement un autre changement des statuts concernant « les modalités pratiques de mise en œuvre des sanctions » : le Conseil d’Etat, saisi par Arkéa, avait en effet sanctionné des articles et critiqué le non-respect du principe d’impartialité dans la procédure de sanction prévue dans les statuts. La Confédération ne détaille pas la modification entérinée en conseil d’administration de ce vendredi. Pourtant, l’article 33 vaut le détour :

« Le conseil d’administration, peut, à titre de mesure de régulation, retirer sa confiance à un président de fédération ou à un président de caisse fédérale de Crédit Mutuel ou de CMAR [agricole ou rural, ndlr]. Il peut également retirer l’agrément des directeurs généraux des fédérations, des dirigeants effectifs des caisses fédérales et des responsables des services de contrôle périodique et de la fonction risques. »

Si une « procédure contradictoire préalable » est prévue, la décision du conseil de la Confédération a des conséquences immédiates et lourdes :

« Le retrait d’agrément entraîne la démission d’office de l’intéressé des fonctions pour lesquelles il a été agréé. »

C’est l’arme de dissuasion massive braquée sur les dirigeants d’Arkéa.

« Passage en force »

La Confédération assure qu’il s’agit simplement de séparer strictement les autorités d’instruction et de sanction, comme l’a exigé le Conseil d’Etat. Une source proche de la Confédération assure que cette modification ne relance « pas du tout » la procédure de sanction engagée contre les dirigeants d’Arkéa, suspendue par le Conseil d’Etat, et  « arrêtée

Le groupe breton, en plein processus de sortie du groupe Crédit Mutuel, a réagi vivement dans un communiqué, dénonçant des « pouvoirs de sanction exorbitants » :

« La Confédération nationale du Crédit Mutuel tente un passage en force pour entraver le processus d’indépendance d’Arkéa » accuse la direction du groupe sécessionniste.

Mercredi dernier, Arkéa a annoncé que 290 caisses locales de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif central se sont prononcées en faveur de l’indépendance.

« En dehors de toute procédure de sanction et de façon purement discrétionnaire, la CNCM pourrait priver le groupe Arkéa notamment de son président et de ses dirigeants » analyse le groupe dirigé par Jean-Pierre Denis.

L’article en question doit être approuvé dans le cadre d’une assemblée extraordinaire de la Confédération qui se tiendra le 16 mai prochain. La veille de la manifestation organisée à Paris par un collectif de salariés d’Arkéa en soutien au projet d’indépendance.

« Cette décision […] est en contradiction totale avec les principes coopératifs et la prétendue volonté de la CNCM de trouver une issue apaisée et partagée à la situation actuelle » critique le groupe breton.

Les pouvoirs publics laisseront-ils faire une éventuelle destitution des dirigeants d’Arkéa dans un tel contexte ? Ils ne pourront rester impassibles en balayant le sujet comme un simple « différend interne

Crédit Mutuel Arkéa : un vote massif pour l’indépendance et des questions

source: latribune.fr

Plus de 300 caisses locales du groupe bancaire breton ont approuvé à 94,4% le principe de la sortie de l’ensemble Crédit Mutuel, à l’issue d’une consultation marquée de pressions de tous bords et jugée d’emblée invalide par l’organe central qui s’oppose à cette « sécession ». Problème : comment organiser cette séparation quand l’Etat est contre la création d’un nouveau groupe mutualiste ?

« L'indépendance est actée » aux yeux du président du Crédit Mutuel Arkéa.

Les résultats « officiels » sont tombés : le conseil d’administration des fédérations du Crédit Mutuel Arkéa annonce ce mercredi que 94,5% des caisses locales se sont prononcées en faveur de l’indépendance, avec un taux de participation de 92%. En tout, 307 caisses sur les 331 du groupe bancaire régional ont voté entre le 23 mars et le 14 avril et 2.876 administrateurs se sont  « mobilisés ». Ce « vote d’orientation » posait l’alternative entre « devenir indépendant » ou « s’intégrer dans un ensemble bancaire centralisé. »

C’est sans surprise en Bretagne, où se trouve le siège du groupe et le plus grand nombre d’emplois (plus de 9.000 en tout), que l’adhésion a été la plus forte (97,7% soit 216 caisses locales). Dans le Sud-Ouest, « 85% des conseils d’administration, soit 68 caisses locales, ont voté pour le projet d’indépendance » indique le groupe. Dans le Massif central, où le conseil d’administration de la fédération s’était opposé au principe d’une consultation et souhaite au contraire rejoindre le CM11, le plus important groupe régional du Crédit Mutuel, six caisses locales (Rodez, Montferrand, Saint Afrique, Millau, Cébazat, Yzeure) sur trente ont approuvé le projet d’Arkéa.

« Ce vote est historique et son résultat incontestable, sur le fond et sur la forme. Les administrateurs des caisses locales ont fait un choix fort et clair en faveur de l’indépendance du groupe Arkéa, en faveur de la liberté et de l’action » affirme Jean-Pierre Denis, le président du Crédit Mutuel Arkéa et du Crédit Mutuel de Bretagne, dans un communiqué.

Pourtant, avant même l’issue de la consultation, la Confédération nationale du Crédit Mutuel, l’organe central de l’ensemble mutualiste, avait considéré que le vote ne serait pas valide, du fait « d’irrégularité » (étalement du vote, scrutin à main levée bien souvent) et de « pressions » exercées sur les votants et les personnels pour se joindre à la manifestation organisée à Paris qui devait se tenir le 5 avril et a été reportée au 17 mai.

« Un score stalinien » a raillé un proche de la Confédération au sujet des résultats du vote.

« L’indépendance est actée »

Le président du Crédit Mutuel Arkéa, qui souhaitait légitimer sa démarche, a naturellement une toute autre lecture :

« L’indépendance est désormais actée et donnera au groupe Arkéa la possibilité de réaffirmer ce qu’il est, un groupe coopératif et mutualiste. Cet ADN est au cœur de notre modèle et de notre stratégie et le restera. Nous portons un projet de banque territoriale qui s’appuie sur des centres de décision en région, qui investit dans ses territoires et garantit une dynamique locale portée par l’emploi et le financement des acteurs économiques. »

Quant aux 17 caisses qui ont voté contre, elles « pourront rejoindre, le moment venu » le groupe CM11 ou une autre fédération du Crédit Mutuel, a fait valoir la direction d’Arkéa à l’AFP.

La route vers l’indépendance risque cependant d’être encore contrariée. Non seulement par la Confédération et son président, Nicolas Théry, qui est aussi patron du puissant CM11, mais aussi par le gouvernement, qui ne veut pas modifier le Code monétaire et financier pour permettre la naissance d’un nouveau groupe mutualiste, craignant semble-t-il qu’Akéa ne fasse des émules et incite d’autres groupes régionaux mutualistes à déclarer leur indépendance.

La Confédération nationale a répété ce mercredi dans un communiqué que ce vote est « invalide sur la forme » notamment parce qu’il s’est « déroulé dans la majorité des cas à main levée. »

« Il a été confirmé que tout a été fait pour réduire au plus faible nombre l’abstention, celle-ci étant considérée comme une « opposition de principe » au projet » fait valoir la Confédération nationale dans un communiqué, en notant « qu’aucun représentant ni assesseur en faveur du maintien du Crédit Mutuel Arkéa au sein du groupe Crédit Mutuel n’a été convié aux conseils d’administration des caisses locales. »

Casse-tête juridique

Interrogé mardi par le député (LREM) du Morbihan Paul Molac pendant la séance de questions au gouvernement, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Action et des Comptes publics Olivier Dussopt a réaffirmé  le point de vue inflexible des pouvoirs publics :

« Les perspectives de séparation que Crédit mutuel Arkéa pourrait présenter ne peuvent reposer sur l’hypothèse d’une modification du cadre législatif des banques mutualistes. Le gouvernement exclut en effet de modifier celui-ci. Non seulement une telle modification reviendrait pour le gouvernement à prendre parti dans un conflit interne à un groupe, mais, surtout, elle serait susceptible, dans l’esprit notamment du régulateur européen, d’aboutir à une fragilisation du modèle mutualiste dans son ensemble.

Il en résulte qu’après une éventuelle décision de séparation d’avec le groupe Crédit mutuel, Crédit mutuel Arkéa perdrait son statut d’établissement bancaire mutualiste et ne pourrait pas solliciter un nouvel agrément de même nature.
Le gouvernement est également ferme sur un autre point : le nouvel établissement à constituer pourrait choisir, sous certaines conditions, de rester dans le secteur coopératif, avec les caractéristiques qui s’y attachent en termes de gouvernance et d’appartenance au monde de l’économie sociale et solidaire. »

Or le groupe breton martèle toujours qu’il va « engager la mise en œuvre opérationnelle de son indépendance, en finalisant un schéma juridique qui sera partagé avec les superviseurs [la Banque centrale européenne et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), adossée à la Banque de France, ndlr] et qui lui permettra de conserver son statut de banque coopérative et mutualiste. » Quelle forme juridique Arkéa pourra-t-il imaginer pour rester coopératif sans être mutualiste par les statuts ? Un autre vote sur ce schéma précis aura lieu en septembre. La direction du Crédit Mutuel Arkéa envisage « une mise en œuvre effective cible au 1er janvier 2020. »

Le groupe choisira aussi « une nouvelle marque » pour ses réseaux de distribution, ayant définitivement choisi d’abandonner celle du Crédit Mutuel, pourtant celle bénéficiant de la meilleure image auprès des Français dans le secteur bancaire selon le baromètre  Posternak-Ifop. La marque commerciale ne devrait pas être Arkéa (pas d’Arkéa de Bretagne ou d’Arkéa du Sud-Ouest) mais un nom qui reflète les valeurs mutualistes.

Crédit Mutuel Arkéa : quand des banquiers font sécession

source: nouvelobs

Des salariés du Crédit mutuel Arkéa (entité bretonnante du Crédit Mutuel) manifesteront à Paris le 5 avril pour réclamer le droit de quitter leur confédération nationale. La CFDT dénonce des pressions de la direction. Retour sur une guerre fratricide.

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Que se passe t-il au Crédit Mutuel ? Le 5 avril, un collectif de salariés d’Arkéa « Indépendance pour Arkéa » a prévu de manifester à Paris pour soutenir leurs dirigeants dans leur projet de quitter le giron du groupe Crédit Mutuel. Crieront-ils des slogans devant la banque de France en compagnie de leurs patrons ? La CFDT dénonce des « pressions ». Contactée par « l’Obs », la direction admet leur apporter « un soutien logistique » mais nie tout ingérence dans cette initiative. Ce que révèle cet épisode est une affaire peu banale (et très complexe) dans le monde bancaire. « L’Obs » a tenté d’y voir clair.

Il y a bien longtemps, en 1882, dans un petit village alsacien, la Wantzenau, naissait la première caisse du Crédit Mutuel sur un modèle coopératif emprunté à l’économiste allemand, Frédéric Guillaume Raiffeisen. Le but : permettre aux paysans d’emprunter de l’argent à des taux corrects. L’affaire prospère, les caisses se multiplient, d’autres initiatives voient le jour sur ce même principe (tels l’actuel Crédit agricole ou les banques populaires). En 1958, le statut bancaire de toutes ces caisses est précisé par ordonnance : elles sont tenues d’adhérer à une fédération régionale elle même adhérente à une confédération nationale. Ce qui donne l’actuelle configuration du Crédit Mutuel : soit 2.107 caisses locales regroupées en 19 fédérations régionales, elles-mêmes regroupées en six caisses fédérales. Tout ce petit monde est chapeauté par le CNCM (Confédération National du Crédit mutuel), sorte d’organe de contrôle. Cette année, le groupe a enregistré un résultat net après impôt de 3,50 milliards d’euros, en baisse de 6,8 % (à cause notamment de la surtaxe de l’impôt sur les sociétés) mais il affiche un produit net bancaire de 17,7 milliards d’euros, en hausse de 5% par rapport à 2016.

La banque des start-ups contre la banque de papa ?

Le Crédit Mutuel Arkéa est, lui, une des six caisses fédérales du Crédit Mutuel. Elle regroupe le Crédit mutuel de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif central. Fortunéo, Suravenir, Financo… c’est aussi elle. Cette caisse est la seconde en importance du Crédit mutuel, derrière CM11 (la branche originelle, alsacienne si l’on veut simplifier). Son siège social est implanté à Relecq-Kerhuon dans le Finistère, près de Brest. Dire que le Crédit Mutuel Arkéa a une forte connotation bretonne est un euphémisme… Mais là n’est pas le problème (enfin pas tout à fait). Il s’agit aussi d’une formidable machine à financer l’innovation, notamment les Fintechs et les entreprises du numérique, comme Blablacar, United Crédit (ex Prêt d’Union), Pumkin, Leetchi… Une stratégie en mode start-up impulsée par Jean-Pierre Denis, président du conseil d’administration depuis 2008, et Roman Le Moal, son directeur général, arrivé dans sa foulée. Ces deux dirigeants, forts d’une implantation territoriale porteuse et d’un nez plutôt fin, ont développé leur fédération à la vitesse grand V : « Entre 2008 et 2018, nous sommes passés de 7.300 à 10. 000 salariés. Soit plus de 36 %, alors que la profession a fait moins 6 % entre 2011 et 2016 « , se plait à souligner Roman Le Moal.

En terme de résultats, Arkéa atteste aussi d’une belle santé financière : 428 millions d’euros de résultat en 2017, soit en un an une progression de 27 % (malgré la surtaxe). Qui s’en plaindrait ? Ce qui est bon pour une fédération, dans un groupe mutualiste, est bon pour le groupe, en l’occurrence le Crédit Mutuel. Et c’est là que le bât blesse. Arkéa, aujourd’hui, ne veut plus rester sous la coupe du groupe bancaire mutualiste et réclame à cor et à cri son indépendance. Diantre ! Qu’a t-il bien pu se passer pour que dans ce monde bancaire d’habitude si feutré des financiers en arrivent à de telles extrémités ? Les bisbilles entre la fédération bretonne et son groupe mutualiste ne datent pas d’hier. Les premières salves datent de 2014.

Menaces, plaintes, sanctions…

A croire les dirigeants côté Bretagne, leur organe central, la Confédération Nationale du Crédit Mutuel, est noyautée par le groupe CM11-CIC (une des fédérations), présidée à l’époque par Michel Lucas, qui est aussi président du CNCM ! Résultat : ils subissent des pratiques « anticoncurrentielles et déloyales » de leur part, les empêchant par exemple d’accéder à certains dossiers.

Pour contrer cet état de fait néfaste à la bonne marche de son groupe, Jean-Pierre Denis sort l’artillerie lourde : autorité de la concurrence saisie, plainte auprès du procureur de la République… La charge est violente ; les ponts durablement rompus. En janvier 2016, Michel Lucas laisse son fauteuil de président de CM11 et de la Confédération à Nicolas Théry, un inspecteur des finances de 50 ans passé par le cabinet de Dominique Strauss-Kahn à Bercy, avant de devenir brièvement n° 2 de la CFDT puis d’intégrer le Crédit Mutuel. L’homme jouit d’une réputation de sagesse. La fin des hostilités ? Pas du tout. Les hommes changent mais la querelle persiste, plus forte que jamais laisse-t-on entendre du côté d’Arkéa.

La CNCM, qui nie fermement les accusations d’Arkéa – « Ils n’ont jamais cité un seul dossier en appui de leurs accusions ? » – sanctionne les fougueux bretons tout en engageant au pas de charge une réforme de ses statuts. L’idée étant de passer d’un statut associatif à un statut coopératif pour être conforme aux exigences de supervision bancaire de la Banque centrale européenne. On est en octobre 2016. La guerre est déclarée. Pour les dirigeants d’Arkéa, il s’agit d’une « annexion pure et simple », le groupe prenant désormais à leurs yeux la voie dangereuse de la centralisation. Avec à la clef synergie des fonctions, chasse aux doublons, et donc destruction d’emplois. Bref la catastrophe… En fait, les dirigeants du groupe breton creusent désormais lentement mais sûrement leur sillon vers l’indépendance. Il est clair qu’ils ne reviendront pas en arrière.

En route pour l’indépendance

En janvier 2018, deux des trois fédérations qui composent Arkéa (Crédit Mutuel de Bretagne et du Sud Ouest) adoptent le principe d’une consultation devant mener à l’indépendance : leurs 331 caisses locales et leurs administrateurs sont amenés à voter ce projet de sécession à partir du 23 mars jusqu’au 15 avril environ. La CNCM accepte de superviser ce « vote d’intention » pour qu’il se déroule, nous précise-t-on : « De la manière la plus éclairée possible et que les caisses sachent bien sur quoi elles votent ». Depuis cette annonce, les couteaux sont tirés. Et Arkéa compte ses alliés. Dans son camp : les Bretons ! Il n’y a qu’à lire cette éloquente tribune d’un collectif nommé « Avis de tempête » intitulée:

« Le maintien de l’indépendance d’Arkéa est vital pour la Bretagne et pour l’économie numérique française ! »

Parmi les signataires, 120 personnalités parmi lesquels Frédéric Mazzella (BlaBlaCar), Marc Le Fur, Jean-Guy Le Floch (Armor-Lux), Edouard Coudurier ( pdt du Télégramme), Pierre Kosciusco-Morizet (Kernel), Marie Ekeland (Daphni), Jean-Jacques Hénaff…

La montée à Paris des salariés d’Arkéa s’inscrit dans cette veine. Que va-t-il se passer maintenant ? Qui remportera cette guerre fratricide ? Et que va faire l’Etat, aujourd’hui bien silencieux,  à part compter les points en attendant l’issue du vote ? Le 12 mars, la Banque de France a demandé à Arkéa de retravailler son dossier de cession. Mais Roman Le Moal est confiant :

« Il faut sortir du tropisme de la taille. Je crois que le monde d’aujourd’hui est ouvert aux gens, qui, petits, peuvent réinventer le monde »,  s’enthousiasme-t-il.

Pas dit que le Crédit Mutuel entende sa partition…

Corinne Bouchouchi

Arkéa. Bercy prend acte du divorce

Source: le télégramme

A la demande des députés des Côtes-d’Armor Marc Le Fur (LR) et du Finistère Didier Le Gac (LREM), une rencontre a été organisée ce mercredi soir à l’Assemblée nationale avec des membres du cabinet de Bruno Le Maire pour évoquer le dossier Arkéa. Parmi les hautsfonctionnaires présents : Bertrand Dumont, l’homme qui suit de près le dossier pour le ministre.

Accompagnés de leurs collègues finistériens Erwan Ballanant (Modem) et Graziella Melchior (LREM), les quatre parlementaires ont, pendant une heure, plaidé pour une banque bretonne indépendante, garante d’un centre de décision – et donc des 7.000 emplois – qui reste dans la région.

Mais ils ont aussi écouté les représentants du cabinet, lors d’une réunion d’une heure qualifiée de « positive » par Marc Le Fur. Premier enseignement, « le ministère prend acte du divorce qui va intervenir », explique au Télégramme le député costarmoricain. Surtout, la procédure engagée par la direction d’Arkéa à l’issue du vote des caisses « est faisable sur le plan technique et elle n’exige pas de nouveau texte.

Les textes actuels l’autorisent. » Enfin, le cabinet du ministre a assuré aux élus bretons que la procédure permettrait de conserver le statut coopératif de la banque. Autant de nouvelles qui devraient renforcer la direction d’Arkéa dans son désir de scission.

« On est en danger ! »

Parallèlement, les salariés de la banque, réunis au sein du collectif « Indépendance pour Arkéa », préparent une grande manifestation à Paris, programmée pour le 5 avril prochain. S’ils savent qu’ils n’atteindront pas les 15.000 participants, comme à Brest en 2016, « on espère quelques milliers. Et si on dépasse les 5.000, ce serait bien », avance Antoine Michaud, l’un des porte-paroles du collectif.

Le cortège partira de Bastille à 13h et se dirigera vers Bercy, où les manifestants espèrent rencontrer Bruno Le Maire. Une initiative rare dans le milieu bancaire. « Ce n’est pas commun, c’est vrai, mais on est dans un moment historique et critique », souligne Antoine Michaud. « Arkéa est un groupe qui s’est développé en toute autonomie depuis son origine. On s’est développé en totale concurrence avec nos cousins du CM-CIC. Si on rentre dans la confédération, les économies d’échelle vont se faire et les pertes d’emploi également. On est en danger ! »

Dossier confédéral – L’approche de l’UNSA Financo

logo UNSA Financo

Pour faire suite à la communication intersyndicale en faveur de l’indépendance, nous voulions apporter quelques précisions sur notre approche du dossier confédéral.

Les représentants des salariés, représentants syndicaux, adhérents et délégué syndical, réunis sous la bannière UNSA Financo maintiennent et renouvellent leur attachement à l’emploi et aux conditions de travail partout où Financo est présent. Nous aspirons participer au développement de notre entreprise au sein d’un Groupe mutualiste autonome et ambitieux.

Face aux deux options qui nous sont présentées, nous avons le sentiment, au travers de différents éléments étudiés, que le principe d’indépendance est l’alternative à retenir.

En matière d’emploi

Le maintien au sein de la confédération entraînerait un fort risque de coupes sèches. Nous avons néanmoins rappelé à notre Direction que la communication axée sur le maintien des emplois sur les territoires historiques d’Arkéa n’est pas assez fédératrice. En effet, 1/3 des salariés de Financo se situent hors de ces territoires. Ils ne doivent pas être oubliés et doivent recevoir l’assurance du maintien de leurs emplois et de leur participation à ce futur Groupe.

En terme de capacité financière du Groupe à être autonome de manière pérenne – au sein duquel Financo prendra toute sa place – (si c’est pour être vendus ou fusionnés une fois l’indépendance actée, le résultat serait identique à celui du maintien dans la confédération).

Nous avons consulté le compte-rendu du Comité de Groupe de juin 2017 dans lequel la commission économique, appuyée par un expert conclue sur la solidité du résultat avec une activité en hausse et des ratios prudentiels au-dessus des exigences règlementaires.

Sur le projet

A aujourd’hui, aucun dossier ne nous a été présenté. Mais nous sommes à l’étape du vote d’orientation qui consiste à interroger les caisses locales sur le principe d’indépendance.

Un second vote des caisses sur les modalités de mise en œuvre du projet interviendra en septembre avec, au préalable, la consultation des instances du personnel dans le cadre des orientations stratégiques de l’entreprise.

Un nouveau départ

Enfin, nous espérons que ce nouveau départ sera l’occasion de mettre en place un socle social commun : une convention collective Groupe et des accords de Groupe. Être mutualiste, ça commence par ça !

Rappelons que notre consultation (en tant que représentants des salariés) n’est, pour le moment, pas requise dans ce dossier. Cette opinion est le reflet de la plupart des adhérents, élus et sympathisants UNSA Financo basée sur des éléments de lecture mis à notre disposition. Elle ne saurait représenter la parole de l’ensemble des salariés de notre entreprise, chacun étant libre de s’exprimer ou non sur ce sujet.

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Arkéa veut rendre son projet de sécession irréversible

Dans un entretien aux « Echos » Jean-Pierre Denis affiche une détermination intacte : si son calendrier se déroule comme prévu, la décision formelle de quitter le giron du groupe Crédit Mutuel pourrait être prise en septembre. Mais les écueils ne manquent pas.

JPD

Personne n’en doutait vraiment. Mais la détermination de Jean-Pierre Denis reste intacte. En marge de la présentation de résultats record pour son groupe, le président du groupe Crédit Mutuel Arkéa ne dérive pas d’un iota dans son projet de mener à terme l’indépendance d’Arkéa

Dans ce qui n’est encore qu’un scénario, le groupe quitterait le giron confédéral du Crédit Mutuel (CNCM) et renoncerait à porter la marque du groupe mutualiste. Ce qui est plus neuf est l’argumentation choisie : aux commandes du groupe depuis dix ans, l’homme cherche à démontrer que ce mouvement est logique, et inéluctable.

Dédramatiser le divorce

Sur le plan économique, d’abord, il s’appuie sur les bonnes performances du groupe. « Cette réussite, objective et indiscutable, confirme la capacité du groupe Arkéa à poursuivre son développement en toute indépendance, au service de ses clients et sociétaires. J’ajoute que nos performances, exceptionnelles en 2017, ne doivent rien à la Confédération », souligne Jean-Pierre Denis.

Sur le plan technique, ensuite, l’homme s’emploie à dédramatiser le scénario d’un divorce au Crédit Mutuel. « Nous n’avons avec le CM11-CIC [principale entité du groupe Crédit Mutuel, regroupant onze fédération et le CIC, NDLR] aucune relation de partenariat, aucune filiale commune, nous ne partageons aucun projet de développement. Nous disposons de notre propre système d’information et nous nous refinançons nous-mêmes sur les marchés de façon autonome », indique Jean-Pierre Denis.

« Vote formel »

Reste à faire voter les actionnaires d’Arkéa, c’est-à-dire les 331 caisses locales, elles-mêmes rattachées à l’une des trois fédérations composant Arkéa. Elles doivent se prononcer à partir du 23 mars sur le projet présenté comme un choix entre « indépendance avec sortie de la confédération qui permet de poursuivre la stratégie engagée depuis 2008 » et « un scénario d’intégration dans un groupe de crédit mutuel centralisé ».

« Nous sommes coopératifs et mutualistes aujourd’hui, le projet qui est soumis aux caisses locales est de rester coopératifs et mutualistes. C’est notre ADN et il n’a jamais été question de s’en éloigner », insiste Jean-Pierre Denis. La consultation doit s’achever autour de la mi-avril. « Un premier vote permettra aux caisses locales d’exprimer une orientation. Si l’indépendance venait à s’imposer, nous finaliserons le projet de séparation, que nous soumettrons au Comité central d’entreprise. Les caisses locales seront à nouveau consultées à l’automne sur la base d’un projet d’indépendance finalisé. »

Cranter pour de bon

Autant de manières de cranter pour de bon le scénario de l’indépendance… qui n’aura rien d’un parcours de santé. Première difficulté, et pas des moindres, trouver une solution juridique adéquate pour cet Arkéa en solo qui souhaite rester mutualiste. Or, la création d’un nouveau groupe de ce type demande en théorie une loi… que le gouvernement n’a aucune intention d’écrire .

« Les régulateurs ont, à ce sujet, précisé que la séparation était possible, au cas d’espèce, sans intervention législative. Nous examinons actuellement, en relation avec les autorités bancaires françaises et européennes, le schéma d’organisation qui préservera, et c’est notre condition première, notre modèle coopératif et mutualiste », relate Jean-Pierre Denis, qui veut croire dans le pragmatisme des gendarmes bancaires.

Autre écueil spectaculaire à éviter : Arkéa est parvenue à faire interrompre par une décision en référé une procédure disciplinaire lancée par la CMCN en janvier à l’encontre de ses trois principaux dirigeants. Mais, le Conseil d’Etat doit très prochainement se prononcer – entre autres points – sur la validité de cette procédure de sanction. Si celle-ci était confirmée, la machine pourrait repartir, avec en ligne de mire une éventuelle révocation des dirigeants.

Crédit Mutuel : les autorités durcissent le ton

source: lesechos.fr

Le gouvernement ne souhaite pas légiférer pour créer un nouveau groupe mutualiste. Les autorités invitent dans le même temps les dirigeants de Crédit Mutuel Arkéa à mesurer les conséquences d’une séparation.

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Les autorités financières entrent dans l’arène. Mettant fin à une longue période de silence, Bercy et la Banque de France ont fait connaître dans un communiqué, lundi soir, leur position de principe dans le conflit qui déchire le Crédit Mutuel . Les pouvoirs publics ont en outre décidé de publier un courrier adressé fin janvier à Jean-Pierre Denis, le président de Crédit Mutuel Arkéa, ainsi que les conclusions de la mission déminage confiée au coeur de l’été à Christian Noyer, l’ex-gouverneur de la Banque de France.

Le groupe mutualiste voit s’opposer depuis des mois le Crédit Mutuel Arkéa (regroupant les fédérations de Bretagne, du Sud-Ouest, et pour l’heure du Massif Central) – qui souhaite voler de ses propres ailes – à la Confédération du groupe, l’organe central chargé de l’intégrité de l’ensemble .

Un différend « de nature interne »

A lire les documents, si Arkéa parvient à se désarrimer du Crédit Mutuel, cela sera tout sauf un parcours de santé. Premier obstacle : « le gouvernement ne souhaite pas modifier la loi existante », indiquent d’entrée Bercy et l’ACPR, le gendarme bancaire français, car « ce différend de nature interne à un groupe bancaire mutualiste relève en premier lieu des parties concernées ». Or une loi est théoriquement nécessaire à la création d’un nouveau groupe mutualiste.

« Eclairer les enjeux »

Exit, donc cette solution technique pour le groupe basé à Brest. Ce dernier a prévu en outre de consulter les caisses locales sur le projet de divorce . « Les implications d’une telle hypothèse de scission nous semblent devoir être précisées, afin d’éclairer les enjeux de cette consultation », demandent le Trésor et l’ACPR dans leur courrier à Jean-Pierre Denis.

Sur le fond, les autorités restent toutefois sur une ligne de crête. D’un côté, elles reprennent à leur compte l’analyse de Christian Noyer. « Je considère pour ma part que le maintien de l’unité serait nettement préférable […] », note-t-il dans la synthèse de ses travaux, tout en envisageant les solutions non législatives à explorer « si la voie d’une séparation devait s’imposer ».

Communication grande ouverte Rassurer

En rendant public l’ensemble de ces documents et en insistant sur « la stabilité du cadre législatif et réglementaire », les autorités envoient bien sûr un message aux principaux intéressés, mais il pourrait aussi être lu avec intérêt ailleurs en Europe. « Sur les marchés, les investisseurs ne connaissent déjà pas très bien l’objet mutualiste et une telle crise risquerait d’atteindre l’ensemble des grandes banques françaises, mutualistes ou non », estime un banquier de la place.

Edouard Lederer

 

Crédit Mutuel Arkéa : S&P envisage de dégrader la note

source: latribune.fr

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L’agence Standard & Poor’s s’inquiète des tensions au sein du groupe mutualiste et du risque de sortie du mécanisme de solidarité. La note de crédit d’Arkéa pourrait être dégradée de plusieurs crans en dessous de la catégorie « A ».

Crédit Mutuel Arkéa a beau mettre en avant la solidité de ses ratios financiers, l’agence de notation Standard & Poor’s s’inquiète des tensions avec l’organe central de la banque mutualiste qui pourraient conduire à un divorce. Dans une étude publiée ce mercredi matin, S&P indique qu’elle met sous surveillance négative la perspective de la note de Crédit Mutuel Arkéa, confirmée à « A-A1 », et qu’elle envisage de dégrader celle-ci de plusieurs crans, potentiellement en dehors de la catégorie d’excellence « A ».

« Toute indication que cet accès [au mécanisme de solidarité mutuelle entre membres du groupe Crédit Mutuel, ndlr] a disparu nous inciterait à reconsidérer l’appartenance au groupe de base de CMA (Crédit Mutuel Arkéa) et la péréquation de nos notes avec le profil de crédit du groupe « A ». Nous pourrions abaisser nos notes sur CMA par plus d’un cran si nous croyions que CMA n’étaient plus un membre essentiel de Groupe Crédit Mutuel, toutes choses étant égales par ailleurs » écrit l’agence dans sa note.

Un divorce n’est « pas le scénario central »

La semaine dernière, le conseil d’administration de Crédit Mutuel Arkéa, qui regroupe les fédérations de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif Central ont donné mandat aux dirigeants pour lancer un processus de consultation des caisses locales en vue de créer un groupe bancaire indépendant et distinct du Crédit Mutuel. Arkéa est prêt à renoncer à l’usage de la marque Crédit Mutuel, dénonçant un projet centralisateur de la Confédération de la banque mutualiste au profit du Crédit Mutuel-CM11, qui regroupe la banque CIC et 11 des 18 caisses régionales du groupe.

L’agence S&P a indiqué ne pas envisager de baisser la note de l’ensemble du groupe Crédit Mutuel et des autres entités clefs, qui est actuellement de « A/A-1 ».

La scission n’est pas son scénario central même si les événements de la semaine passée en augmentent la probabilité.

« Nous comprenons que seul un changement dans la loi française pourrait permettre à Crédit Mutuel Arkea d’opérer de manière indépendante, et nous ne pensons pas qu’un tel changement ait été amorcé », soulignent les analystes de S&P.

La question du schéma juridique d’une séparation « n’a pas été précisément étudiée » avait déclaré le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, lors d’une audition devant la commission des finances du Sénat, la semaine dernière. Il avait ajouté que l’ex-gouverneur Christian Noyer, qui avait été missionné sur le sujet, devrait rendre sous peu son rapport.