Crédit Mutuel : les autorités durcissent le ton

source: lesechos.fr

Le gouvernement ne souhaite pas légiférer pour créer un nouveau groupe mutualiste. Les autorités invitent dans le même temps les dirigeants de Crédit Mutuel Arkéa à mesurer les conséquences d’une séparation.

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Les autorités financières entrent dans l’arène. Mettant fin à une longue période de silence, Bercy et la Banque de France ont fait connaître dans un communiqué, lundi soir, leur position de principe dans le conflit qui déchire le Crédit Mutuel . Les pouvoirs publics ont en outre décidé de publier un courrier adressé fin janvier à Jean-Pierre Denis, le président de Crédit Mutuel Arkéa, ainsi que les conclusions de la mission déminage confiée au coeur de l’été à Christian Noyer, l’ex-gouverneur de la Banque de France.

Le groupe mutualiste voit s’opposer depuis des mois le Crédit Mutuel Arkéa (regroupant les fédérations de Bretagne, du Sud-Ouest, et pour l’heure du Massif Central) – qui souhaite voler de ses propres ailes – à la Confédération du groupe, l’organe central chargé de l’intégrité de l’ensemble .

Un différend « de nature interne »

A lire les documents, si Arkéa parvient à se désarrimer du Crédit Mutuel, cela sera tout sauf un parcours de santé. Premier obstacle : « le gouvernement ne souhaite pas modifier la loi existante », indiquent d’entrée Bercy et l’ACPR, le gendarme bancaire français, car « ce différend de nature interne à un groupe bancaire mutualiste relève en premier lieu des parties concernées ». Or une loi est théoriquement nécessaire à la création d’un nouveau groupe mutualiste.

« Eclairer les enjeux »

Exit, donc cette solution technique pour le groupe basé à Brest. Ce dernier a prévu en outre de consulter les caisses locales sur le projet de divorce . « Les implications d’une telle hypothèse de scission nous semblent devoir être précisées, afin d’éclairer les enjeux de cette consultation », demandent le Trésor et l’ACPR dans leur courrier à Jean-Pierre Denis.

Sur le fond, les autorités restent toutefois sur une ligne de crête. D’un côté, elles reprennent à leur compte l’analyse de Christian Noyer. « Je considère pour ma part que le maintien de l’unité serait nettement préférable […] », note-t-il dans la synthèse de ses travaux, tout en envisageant les solutions non législatives à explorer « si la voie d’une séparation devait s’imposer ».

Communication grande ouverte Rassurer

En rendant public l’ensemble de ces documents et en insistant sur « la stabilité du cadre législatif et réglementaire », les autorités envoient bien sûr un message aux principaux intéressés, mais il pourrait aussi être lu avec intérêt ailleurs en Europe. « Sur les marchés, les investisseurs ne connaissent déjà pas très bien l’objet mutualiste et une telle crise risquerait d’atteindre l’ensemble des grandes banques françaises, mutualistes ou non », estime un banquier de la place.

Edouard Lederer

 

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Crédit Mutuel Arkéa : S&P envisage de dégrader la note

source: latribune.fr

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L’agence Standard & Poor’s s’inquiète des tensions au sein du groupe mutualiste et du risque de sortie du mécanisme de solidarité. La note de crédit d’Arkéa pourrait être dégradée de plusieurs crans en dessous de la catégorie « A ».

Crédit Mutuel Arkéa a beau mettre en avant la solidité de ses ratios financiers, l’agence de notation Standard & Poor’s s’inquiète des tensions avec l’organe central de la banque mutualiste qui pourraient conduire à un divorce. Dans une étude publiée ce mercredi matin, S&P indique qu’elle met sous surveillance négative la perspective de la note de Crédit Mutuel Arkéa, confirmée à « A-A1 », et qu’elle envisage de dégrader celle-ci de plusieurs crans, potentiellement en dehors de la catégorie d’excellence « A ».

« Toute indication que cet accès [au mécanisme de solidarité mutuelle entre membres du groupe Crédit Mutuel, ndlr] a disparu nous inciterait à reconsidérer l’appartenance au groupe de base de CMA (Crédit Mutuel Arkéa) et la péréquation de nos notes avec le profil de crédit du groupe « A ». Nous pourrions abaisser nos notes sur CMA par plus d’un cran si nous croyions que CMA n’étaient plus un membre essentiel de Groupe Crédit Mutuel, toutes choses étant égales par ailleurs » écrit l’agence dans sa note.

Un divorce n’est « pas le scénario central »

La semaine dernière, le conseil d’administration de Crédit Mutuel Arkéa, qui regroupe les fédérations de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif Central ont donné mandat aux dirigeants pour lancer un processus de consultation des caisses locales en vue de créer un groupe bancaire indépendant et distinct du Crédit Mutuel. Arkéa est prêt à renoncer à l’usage de la marque Crédit Mutuel, dénonçant un projet centralisateur de la Confédération de la banque mutualiste au profit du Crédit Mutuel-CM11, qui regroupe la banque CIC et 11 des 18 caisses régionales du groupe.

L’agence S&P a indiqué ne pas envisager de baisser la note de l’ensemble du groupe Crédit Mutuel et des autres entités clefs, qui est actuellement de « A/A-1 ».

La scission n’est pas son scénario central même si les événements de la semaine passée en augmentent la probabilité.

« Nous comprenons que seul un changement dans la loi française pourrait permettre à Crédit Mutuel Arkea d’opérer de manière indépendante, et nous ne pensons pas qu’un tel changement ait été amorcé », soulignent les analystes de S&P.

La question du schéma juridique d’une séparation « n’a pas été précisément étudiée » avait déclaré le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, lors d’une audition devant la commission des finances du Sénat, la semaine dernière. Il avait ajouté que l’ex-gouverneur Christian Noyer, qui avait été missionné sur le sujet, devrait rendre sous peu son rapport.