Le digital percute le Code du travail

source: challenges

Chômage de masse ou destruction créatrice d’emplois ? L’IA chamboule de nombreux métiers dans la banque, la santé, les RH, le droit ou le transport. Et pousse à une mise à jour de notre logiciel éducatif et professionnel.

En 1930, John Maynard Keynes prédisait, dans sa Lettre à nos petits-enfants,que grâce au progrès technique, d’ici à un siècle, dans les pays développés, notre niveau de vie serait de quatre à huit fois plus élevé et que nous n’aurions plus à travailler que quinze heures par semaine. L’éminent économiste avait vu juste quant à l’effet des innovations sur l’enrichissement : notre PIB par habitant a plus que sextuplé en quatre-vingts ans. En revanche, il s’est trompé sur le travail : l’oisiveté généralisée n’est pas pour demain. Là, c’est plutôt son contemporain Joseph Schumpeter qui a eu raison, avec sa théorie de la « destruction créatrice », exposant que le progrès technique broie des activités et emplois devenus dévalorisés, mais pour mieux ouvrir des opportunités qui génèrent de nouveaux emplois.

A moins que ? La prédiction de Keynes court jusqu’en 2030 et, justement, de sombres prophéties prévoient une hécatombe pour l’emploi de masse dans la décennie à venir. La faute à la percée fulgurante de l’intelligence artificielle (IA). Après que les machines ont sorti les paysans des champs, que les robots ont éjecté l’ouvrier de la chaîne, que les logiciels de bureautique ont évincé nombre de secrétaires et le Web tué bien des agents de voyages, ces algorithmes surdoués, s’appuyant sur la superpuissance de calcul des ordinateurs et les colossales masses de données déversées sur Internet, annoncent le stade ultime de l’automatisation. Magasins sans caisses, entrepôts sans manutentionnaires, camions sans conducteur… élimineront des métiers pénibles, répétitifs, mais qui occupent des bataillons de cols bleus. Mais, nouveauté, les cols blancs, qui se croyaient protégés par leurs diplômes, sont eux aussi attaqués par la redoutable IA, capable d’attribuer un crédit financier, recruter un directeur, renseigner un client, facturer un fournisseur, diagnostiquer une tumeur…

« Depuis trois siècles, il y a sans cesse des craintes que la machine détruise l’emploi, alerte le gourou Yuval Noah Harari, auteur du bestseller planétaire Sapiens. Mais, cette fois-ci, ça pourrait bien être vrai. » En 2013, une première étude, réalisée par les économistes d’Oxford Carl Frey et Michael Osborne, a jeté l’effroi, estimant que près d’un emploi sur deux aux Etats-Unis était voué à disparaître dans les vingt ans. En 2014, le cabinet de conseil Roland Berger a renchéri avec des résultats pour la France aussi alarmants, prévoyant un taux de chômage à 18 % dès 2025.

Problèmes éthiques

Mais les premiers retours d’expérience ont calmé les fantasmes. Certes, les algorithmes battent les meilleurs champions aux échecs, au jeu de go et même au poker, mais leurs superperformances sont délimitées à leur champ d’application précis. Ils ne savent pas expliquer leur résultat, gérer l’imprévu, travailler en collectif, sont inopérants si les données sont rares. Mal « entraînés », ils font des bourdes : en 2018, Amazon a dû revenir sur son système de recrutement qui écartait les femmes. Et ils soulèvent des problèmes éthiques : la voiture autonome Tesla a-t-elle fait le bon choix en préférant écraser une passante que risquer de blesser la conductrice en freinant brutalement ?

Certes, les robots ne réclament pas de salaire et ne prennent pas de vacances, mais ils ont d’autres coûts cachés : mises à jour, pannes, bugs, contrôle, et en particulier une facture énergétique qui flambe. Enfin, comme toujours, passer du test à la grandeur réelle de l’entreprise est un processus laborieux, parfois freiné en interne. « Dans l’Hexagone, seules 5 % à 10 % des grandes entreprises sont aujourd’hui déjà en train d’intégrer de l’IA dans leurs process », évalue Jean-David Benassouli, associé du cabinet de conseil PwC.

Du coup, les prévisions sont moins catastrophistes. En 2017, le Conseil d’orientation pour l’emploi a calculé que « seuls » 10 % des postes seraient supprimés, mais que la moitié des emplois seraient automatisables à au moins 50 %. Et, en 2018, McKinsey s’est attaché à évaluer les nouveaux emplois (encore largement inconnus) que l’IA va créer, estimant que son adoption va doper la croissance européenne de 19 % d’ici à 2030. Résultat : les emplois détruits seront largement compensés. « La transition vient vite et fort : il s’est écoulé cent trente ans entre la machine à vapeur et l’électrification, puis moins de cent pour entrer dans l’ère informatique, et moins de quarante avant l’arrivée de l’IA, relève Eric Hazan, directeur associé de McKinsey. Mais nous avons encore une quinzaine d’années pour accompagner cette mutation, c’est gérable. » Le député LREM Cédric Villani, lors de la présentation de son rapport il y a un an, se montrait moins catégorique : « Bien malin qui peut dire ce qui va se passer ! Seule certitude : il n’y a pas de marche arrière possible. Si nos entreprises ne s’y mettent pas, elles perdront en compétitivité, et ce sera pire. »

« Bien malin qui peut dire ce qui va se passer ! Seule certitude : il n’y a pas de marche arrière possible. Si nos entreprises ne s’y mettent pas, elles perdront en compétitivité, et ce sera pire. » CÉDRIC VILLANI, mathématicien, auteur du rapport « donner un sens à l’intelligence artficielle » et député de paris (lrem).

Banques en première ligne

Les acteurs économiques commencent à saisir l’enjeu. Le Medef, la CGT et la CFDT ont chacun organisé un colloque sur le thème cet hiver. En pointe, l’Observatoire des métiers de la banque s’était livré dès 2016 à un exercice de prospective. Un impératif, tant le secteur de la finance est en première ligne : l’informatisation et la concurrence des banques en ligne ont déjà contribué à supprimer plus de 120 000 employés depuis 1990 – guichetiers, chargés de clientèle, agents de recouvrement...

Avec ses immenses réservoirs de données, ses standards normés et ses process techniques fastidieux, la finance est un terrain de jeu qui se prête à la mise en équations, tout comme les professions de la comptabilité et, dans une certaine mesure, des ressources humaines et du droit « Ces métiers seront affectés par l’automatisation à 30 %, voire à 40 %, prévoit Jean-David Benassouli, de PwC. Les logiciels leur apportent une “intelligence assistée”, qui permet de faire mieux et plus vite ce qu’ils font déjà, ou une “intelligence augmentée”, qui leur donne accès à des informations auparavant inatteignables, pour aider leurs décisions. Le temps de travail libéré va être énorme. »

Dans les professions où la relation humaine reste centrale comme la santé, les algorithmes devraient se cantonner au rôle d’assistant zélé, comme Cardiologs, logiciel qui lit les électrocardiogrammes. « L’automatisation avancée va mettre en valeur non seulement les compétences technologiques et cognitives de haut niveau, mais aussi les compétences sociales et émotionnelles, tant il faudra garder du lien », souligne Eric Hazan. De fait, il s’avère plus difficile de robotiser une boulangère qu’une clerc de notaire, une aide-soignante en maison de retraite qu’un contremaître en usine.

Sauf que tous ces emplois intermédiaires menacés par la transition numérique, ces techniciens dans l’industrie et les laboratoires, ces administratifs des services publics, ces employés dans le marketing, le commercial, le back-office et la logistique, sont autant de jobs stables et correctement rémunérés qui ont fait la prospérité de la classe moyenne… Pas étonnant que les Français soient inquiets : selon un sondage Ifop de novembre dernier, près de deux sur trois redoutent les effets de l’IA sur leur emploi.

Revoir le système éducatif

Cédric Villani ne leur donne pas tort. Pour amortir le choc, son rapport liste des propositions. En priorité, revoir de fond en comble notre système d’éducation : outre l’impératif de tripler les effectifs de spécialistes d’IA d’ici à 2021, il s’agirait d’insister sur le développement des capacités proprement humaines, les compétences transversales, la créativité, l’initiative, le sens du risque, les interactions sociales. Il recommande aussi d’imposer une formation obligatoire à ceux qui ont des jobs à haut risque d’automatisation. « L’IA pourrait être la disruption qui nous forcerait à revoir notre système d’éducation, bien trop centré sur l’accumulation formelle de connaissances, et nous pousserait à bousculer notre organisation du travail, bien trop hiérarchique et figée », espère Salima Benhamou, économiste pour l’organisme public de prospective France Stratégie. Sacré défi. Gaëlle Macke

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Dossier confédéral

 

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Les communications vont bon train sur ce dossier éminemment sensible qui exacerbe et amplifie les réactions.

Pour sa part, l’UNSA n’a pas changé sa position :

« Nous souhaitons que le Groupe Crédit Mutuel Arkéa reste un groupe autonome, au sein de la Confédération du Crédit Mutuel avec deux Organes Centraux, afin de conserver le nom CREDIT MUTUEL auquel nous sommes attachés ».

Nous dénonçons les agissements et la méthode du CM11-CIC dans son coup de force qui a impacté nos collègues du CMMC dans leur quotidien. Ces derniers souffrent de la situation et continuent d’exercer dans un environnement fortement dégradé. Nous sommes solidaires de nos collègues.

POUR AUTANT, nous condamnons les manœuvres qui sont exercées sur les salariés, sur les représentants du personnel pour les faire adhérer « à tout prix », sous quelque forme que ce soit (via un manifeste, une pétition,… ) au projet de la Présidence.

Les salariés sont les observateurs, voire les otages de cette situation. Ils n’ont aucune prise et ne disposent pas de tous les éléments sur les évènements qui se décident dans les sphères politiques et judiciaires.

Dans ce contexte, aucune pression ne doit être exercée sur les salariés. Chacun doit être libre de son choix, et de l’expression ou non de ce choix.

Nous œuvrons au quotidien pour la pérennité des emplois de tous les salariés du Groupe. A l’heure où la Direction Arkéa attend de tous ses collaborateurs un engagement collectif et homogène, nous regrettons fortement l’absence d’un socle social commun. Le temps est venu de mettre en œuvre une convention collective et des accords Groupe !

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FAUT-IL AVOIR DU PEUR DU « GRAND REMPLACEMENT » PAR LES MACHINES ?

source: focusrh

L’Observatoire du Capital humain de Deloitte publie son étude sur les grandes tendances RH en 2017. Celles-ci sont largement façonnées par les technologies, que l’on parle de la robotisation et de son impact sur l’emploi ou de la digitalisation des processus pour rendre la fonction RH plus productive et plus business.

 

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L’automatisation des tâches et la robotisation inquiètent la société au sens large. La crainte du « grand remplacement » par les machines n’est pas récente, mais l’évolution fulgurante des technologies rend la menace chaque jour un peu plus tangible.

Pour Philippe Burger, associé responsable Capital humain chez Deloitte, « la robotisation ne va pas aboutir à un remplacement des hommes par les machines, mais va plutôt entraîner une évolution des métiers. Pour une raison simple : les machines doivent être contrôlées et gérées pour véritablement créer de la valeur. Dans ce sens, les entreprises vont rechercher des profils avec des compétences plus transverses ».

Les entreprises cherchent encore leur modèle

Pendant les 12 à 18 prochains mois, les principales priorités des DRH sont l’organisation des futurs modes de travail (67%), la gestion des carrières et de la formation (40%) et l’acquisition des talents (39%). « Les RH doivent réussir à appréhender les nouvelles règles du jeu de la gestion des talents en transformant leurs pratiques » poursuit-il.

En effet, la productivité des entreprises progresse plus lentement que le développement des technologies. Deux principaux freins empêchent encore les organisations à tirer pleinement avantage du numérique pour gagner en efficacité : les modèles d’entreprise, car les organisations fonctionnent encore sur des modèles hérités de la précédente révolution industrielle et n’ont pas encore pris la mesure des nouvelles cultures de travail et de fonctionnement. Selon l’étude, seules 7% des entreprises expliquent avoir une culture et une organisation très agiles, tandis que 9% pensent savoir comment construire l’organisation de demain. Deuxième frein, l’évolution des politiques publiques : les start-up disruptent de nombreux marchés et apportent des innovations considérables. Pourtant, la réglementation n’est généralement pas en phase, ralentissant à la fois le progrès et l’évolution des modes de travail.

La formation, ce bon élève !

D’après l’étude, il semblerait que la formation ait particulièrement bien réussi à se transformer. Les RH se sont emparés du sujet et ont construit des modèles d’apprentissage intégrant pleinement le digital et ses codes.

Ainsi, 42% des entreprises expliquent avoir un modèle de développement ouvert. Surtout, l’apprentissage continu ne cesse de se développer. On remarque aussi que les salariés sont prêts à adopter les nouveaux usages de formation : en effet, ils consomment davantage de contenu créé par leurs pairs que celui disponible sur catalogue. Le conseil de Deloitte : « Les organisations doivent fournir des modules de formations accessibles partout en en continu, notamment à travers diverses plateformes digitales. »

Recrutement et IA

Quelques 62% des entreprises revoient actuellement leurs programmes d’acquisition des talents. Un des enjeux forts porte sur l’utilisation de solutions et de services technologiques pour améliorer le sourcing, la collaboration avec les métiers, la sélection des candidats…

Bon à noter : 49% des entreprises françaises prévoient d’avoir recours à l’intelligence artificielle pour leurs recrutements. Actuellement, seules 18% d’entre elles s’aident de l’intelligence artificielle dans le cadre de leurs recrutements.