ENQUÊTE SUR L’IMPACT DES OUTILS NUMÉRIQUES SUR LES SALARIÉS

Découvrez les résultats de l’enquête Secafi/Université de Toulouse sur l’impact de l’utilisation des outils numériques sur les conditions de travail.

Près de 2 000 salariés ont répondu l’été dernier pour exprimer leur ressenti face au développement des technologies digitales dans leur entreprise et face à l’impact (positif et négatif) sur leurs conditions de travail, notamment sur la charge mentale.

L’infographie, ci-dessous, dresse ainsi l’état des lieux de leurs réponses. Elle a été présentée lors de la Journée d’étude sur le thème de la transformation numérique du travail et de ses effets sur la Qualité de vie au travail, organisée par Secafi et l’Ires, à Marseille, le 11 mai 2017, au cours de laquelle ont dialogué des acteurs concernés par ces problématiques et défis, au premier rang desquels les membres désignés des CHSCT, les représentants du personnel, les élus au comité d’établissement, des experts ou encore des DRH. La journée du 11 mai était déclinée en deux temps : Comprendre ce que recouvrent les transformations numériques et comment elles impactent les conditions de travail et la QVT ; Savoir comment agir et prévenir les effets sur la santé au travail.

Pour en savoir plus, contactez contact@secafi.com

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10 initiatives des entreprises pour favoriser la déconnexion de leurs salariés

source: LE MONDE

Depuis le 1er janvier, la déconnexion est devenue, en théorie, un droit pour les salariés*. La loi travail oblige en effet les entreprises de plus de 50 salariés à ouvrir des négociations sur le droit à la déconnexion, c’est-à-dire le droit de ne pas répondre à ses courriels ou messages professionnels en dehors du temps de travail. Elle n’instaure toutefois aucune obligation d’accord, ni aucun délai pour négocier.

Extrait de la série "Sur-Fake" (2015).

Objectif de cette loi : amener les entreprises à s’emparer du problème déjà ancien de l’inflation démesurée des mails professionnels, de leur impact sur la vie privée de leurs salariés et du risque juridique lié à la connexion permanente, des salariés pouvant utiliser des mails pour témoigner, aux prud’hommes, d’horaires de travails indus ou du non respect du temps de repos obligatoire.

Jusqu’à présent, peu de mesures contraignantes ont été mises en place par les grands groupes, mais beaucoup ont commencé à instaurer des chartes de bonnes pratiques, incitant notamment les managers à ne pas envoyer de messages en dehors des heures de bureau, sauf en cas d’urgence. Chez Engie par exemple, une phrase est ajoutée en bas de chaque mail : « Mon mail n’appelle pas de réponse immédiate ». Tour d’horizon de mesures qui ont déjà été prises pour préserver le temps de repos des salariés (11 heures minimum entre deux journées de travail).

  1. Le blocage des serveurs le soir et le week-end. C’est ce qu’a mis en place le constructeur d’automobiles allemand Volkswagen de 18 h 15 à 7 heures et le week-end pour 1 000 salariés (hors managers) en Allemagne en 2011. Aujourd’hui, 3 000 salariés ne peuvent plus recevoir de mails professionnels sur leur smartphone en dehors des heures de bureau. En France, le groupe bancaire BPCE envisage une mesure identique. Mais dans l’ensemble, cette mesure n’a pas fait trop d’émules en Europe : selon la CFE-CGC et l’Ugict-CGT, moins de 1 % des entreprises ont eu recours à des solutions technologiques contraignantes.
  2. L’instauration de moments de silence. Le groupe d’électronique Intel a incité 300 salariés à couper mails et téléphone le mardi matin et à installer un panneau « do not disturb » à la porte de leurs bureaux.
  3. La mise en vacances des boîtes mails. Le groupe allemand Daimler a développé le programme « Mail on Holiday » pour ses salariés qui choisissent l’effacement automatique des messages reçus durant leurs congés. L’expéditeur est informé de l’absence du salarié, de l’effacement de son courriel et de l’adresse d’un autre salarié qui pourra répondre à sa demande.
  4. Le travail à la maison reconnu. Le constructeur allemand d’automobiles BMW permet à ses salariés d’inscrire eux-mêmes leurs heures effectuées en dehors du bureau (à gérer les mails par exemple) sur leur compte épargne-temps, via intranet. Par ailleurs, ils peuvent définir avec leur supérieur des temps où ils sont joignables et injoignables.
  5. L’envoi différé des mails. Un tel module permet aux salariés de continuer à gérer leurs mails le soir s’ils le souhaitent mais leur offre la possibilité de différer leur envoi facilement pour ne pas déranger leurs collègues grâce à un système d’envoi automatique de leur courrier à l’aube le lendemain.
  6. Des journées sans mails. C’est ce qui a, par exemple, été mis en place par le site PriceMinister Rakuten en France pour sensibiliser ses salariés. Des pauses aux vertus pédagogiques…
  7. La suppression de la fonction « répondre à tous ». Le cabinet américain Nielsen aurait envisagé cette solution radicale pour lutter contre l’inflation exponentielle et contre-productive des mails. En octobre 2015, le « reply-to-all » aurait créé en quelques heures plus de 38 millions de mails lors d’un échange au sein du groupe Atos.
  8. Des messages déculpabilisateurs. Plusieurs grands groupes ont fait ajouter en bas des mails des phrases dissuasives du type « Mon mail n’appelle pas de réponse immédiate ».
  9. Des messageries alternatives, comme cela a été tenté chez Atos, qui voulait bannir les mails en interne en proposant aux salariés de communiquer par le biais d’un réseau socialBlueKiwi.
  10. Et… des salles de sieste dans les entreprises, pour déconnecter avant même de quitter le boulot !

 

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* A l’UNSA, nous pensons que le droit à la déconnexion est un sujet d’importance, d’autant plus lorsque le home office est évoqué. Ce sujet fait partie de la Qualité de Vie au Travail (QVT) pour laquelle des négociations doivent aussi être entamées cette année. Nous serons force de propositions le moment venu.

Droit à la déconnexion : peut-on se libérer des mails ?

Par Benoît Tremoulet, DG de Retarus France sur zdnet.fr

Nombreux sont les salariés qui ne « déconnectent » jamais complètement de leur travail. Comme l’indiquait une enquête du cabinet de conseil Deloitte, 71% des cadres consultent leurs mails professionnels le soir ou en congés même si 76% estiment que les outils numériques ont un impact négatif sur leur vie personnelle. L’étude Eléas « Pratiques numériques des actifs en France en 2016 » publiée le 24 octobre dernier confirme la tendance des salariés à se connecter sur leur boîte mail professionnelle en rentrant chez eux ou pendant leurs congés.

L’évolution des nouvelles technologies a favorisé le besoin d’être constamment connectés et réactifs pour faire face à la pression sociale et aux défis de l’instantanéité. Pourtant, la connexion permanente des salariés peut être source de stress et pourrait mener au « brun-out ».
Dans ce cadre et à la suite de la Loi dit El Komri, Benoît Tremolet, Directeur Général de Retarus France, revient sur cette nécessité d’instaurer des « quiet time periods », autrement dit des périodes de déconnexion de la vie professionnelle et nous livre ses conseils clés pour y parvenir.
Le droit à la déconnexion, un des chapitres du projet de loi El Komri sur la réforme du Code du travail, favorise le droit de ne pas répondre aux mails, appels et messages reçus en dehors des heures habituelles de travail. La loi existante prévoit 11 heures de repos entre deux journées et 35 heures par semaine. Chaque entreprise devrait ainsi mettre en place une phase de négociation afin de respecter ces conditions dans le cadre des négociations annuelles obligatoires. Les entreprises de plus de 300 salariés devraient avoir jusqu’à fin 2017 pour fixer des règles garantissant le temps de repos.

Ces entreprises pourront très bien décider qu’aucun email ne devra être reçu par tel catégorie de salariés hors de heures ouvrés, ce qui est déjà le cas dans certaines entreprises.

Cela peut aussi devenir un moyen de protéger les entreprises lorsque des échanges d’emails entre salariés tard le soir et le week-end peuvent être considérés comme des heures supplémentaires par les tribunaux (Cassation sociale 15 janvier 2015, n° 13-27072).

Alors quelles sont les solutions technologiques existantes aidant au respect du « droit à la déconnexion » comme défini par le projet de loi El Komri ?

Privilégier les envois différés

A l’aide de solutions dédiées aux « Quiet Time Periods », il est possible de configurer les boites de messageries professionnelles afin de définir des périodes durant lesquelles aucun e-mail ne peut être transmis aux collaborateurs, pendant les week-ends, jours fériés et vacances par exemple. Les e-mails ne sont donc plus transmis directement mais temporairement enregistrés dans des data centers. Lorsque la période prédéfinie est dépassée, ils sont automatiquement remis au destinataire.

Il est bien entendu possible de rapatrier dans l’instant les messages en cas de situations exceptionnelles.

L’avantage de cette fonctionnalité est qu’elle est paramétrable par groupe d’utilisateurs et/ou pour par chaque utilisateur.

Cette fonction incite les collaborateurs à optimiser leur usage des nouvelles technologies, en évitant de solliciter leurs collègues le week-end ou les jours fériés et donc à se poser la question de savoir si cela peut attendre le lendemain et ainsi diminuer le stress et la pression du destinataire

Eduquer le management pour montrer l’exemple aux collaborateurs

Au sein d’une entreprise, il est nécessaire d’éduquer ses collaborateurs à travailler uniquement pendant les heures officielles de travail. C’est d’abord aux managers d’insuffler les bonnes pratiques en veillant, dans un premier temps, à ne pas envoyer de mails en dehors des horaires de bureau. Ces principes exemplaires du management vont instaurer des conditions sociales de travail favorables au bien-être des collaborateurs. Ces derniers veilleront in fine, à répliquer cette méthodologie sur toutes les communications externes avec leurs clients par exemple.

Les fonctionnalités de Quiet Time period peuvent favoriser la mise en place de ces principes sans pour autant être trop rigides puisque l’on pourra toujours passer outre en cas d’urgence.

Les dernières études publiées sur la volonté des Français, la loi El Komri, les règlements ainsi que les tribunaux soulignent la nécessité d’encadrer l’utilisation des outils professionnels telle que la messagerie en dehors du temps de travail. Chaque entreprise peut procéder à une réorganisation de ses conditions de travail en adéquation avec cette nouvelle loi et insuffler de nouvelles pratiques via des outils technologiques simples et automatisés permettant de respecter les conditions requises par cette loi.