Droit à la déconnexion : les entreprises n’y arrivent toujours pas

source: maddyness

Mails reçus à 22h, appels pendant les vacances…la frontière entre vie privée et professionnelle est devenue poreuse. Dans son livre blanc, MailinBlack souligne les difficultés de la France à mettre en place un droit à la déconnexion en pointant les atouts de ce système.

person holding black smartphone
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Selon une étude menée par The Radicati Group, une entreprise de recherches sur les technologies, 293 milliards de mails sont envoyés chaque jour dans le monde. La moitié sont des spams directs et 30% des spams indirects, c’est à dire des mails indiqués comme urgents (sans l’être) ou envoyés hors des “horaires de bureau”. Résultat : les salariés passent en moyenne 5 heures par jour à traiter des mails, les obligeant souvent à y répondre sur leur temps personnel.

Devant cette sur-sollicitation, l’augmentation des burn-out et, en réponse à ça, le développement du concept de bien-être au travail, le gouvernement a décidé de légiférer sur la question. En 2016, la loi Travail introduisait ce fameux “droit à la déconnexion” en le corrélant au concept, plus large, d’équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Et depuis ? Les choses n’ont pas beaucoup changé. 67% des Français s’avouent incapables de décrocher de leur travail pendant les vacances comme l’indique une étude Qapa de 2018.

Les raisons de cet échec

Pour Stéphanie Lévy, chroniqueuse des usages numériques, cela s’explique en partie par le fait que notre “smartphone est devenu un nouvel organe” et même une sorte de “doudou”. Grâce aux réseaux sociaux, nous bénéficions d’un accès presque infini à des experts, des personnes, des contacts et des connaissances. Se déconnecter, “c’est un peu perdre ce super-pouvoir” et, dans le cadre professionnel, “se priver d’une partie de ses propres capacités”. Sans cette connexion, le salarié se sent “exclu”, explique-t-elle dans un livre blanc sur le droit à la déconnexion, publié par MailinBlack.

Maxime Lefèvre, product owner chez MailinBlack, pointe de son côté la porosité qui existe entre l’entreprise et sa vie personnelle. “Mes collègues de travail sont mes amis ; à la fois sur mes réseaux sociaux et sur mes applications professionnelles” explique t-il simplement. Cette incapacité à déconnecter est aussi une manière de se sur-investir dans son emploi, une situation que l’on retrouve dans de nombreuses startups.

Et les entreprises ne font pas non plus grand chose pour palier à ce problème. Selon une étude menée par Opinionway en 2018 pour Eléas, seules 16% d’entres elles ont créé des règles de déconnexion. En France, les solutions prennent la forme d’un email automatique indiquant qu’une réponse sera apportée ultérieurement ou du blocage des mails jusqu’au lendemain matin. Certains pays comme l’Allemagne ont une politique bien plus drastique. Chez BMW ou Volkswagen, pour ne citer qu’eux, “on ne peut pas vous contacter en dehors de vos horaires de travail ou à minima via votre email professionnel, certains étant mêmes détruits par le serveur de réception” explique Maxime Lefèvre.

Un droit flexible à la déconnexion

MailinBlack a mis en place une solution de mailing automatique dès qu’un message est envoyé hors des heures travaillées. Il indique qu’une réponse sera apportée en temps et en heure. Cette pratique ne coïncide pas forcément avec les différentes formes de flexibilité que les travailleurs commencent à obtenir comme le télétravail ou les vacances illimitées. Maxime Lefèvre aime “adapter ses horaires à ses loisirs et son mode de fonctionnement” et reconnaît “mieux travailler en fin de soirée”, ce qui est le cas de nombreux employés.

Je suis partisan d’un droit à la flexibilité au travail à la fois pour les horaires et aussi pour l’environnement, qui me permet lui, de concilier ma vie personnelle et professionnelle” poursuit-il.

Quelle forme alors donner à ce droit à la déconnexion ? Sonnerait-il le retour au bon vieux système de la pointeuse, via un logiciel cette fois-ci, pour prouver que l’on a travaillé 8 heures dans la journée ? En se plaçant du côté de l’entreprise et des autres employés, cette solution s’avère également compliquée à mettre en oeuvre. Comment faire pour avancer sur un projet si tout le monde travaille à des heures différentes et répond à des mails cruciaux à 22h ?

Un devoir pour l’entreprise

“La déconnexion n’est pas un droit, c’est un devoir : l’employeur est, en partie, responsable de la santé physique et psychique de ses collaborateurs”. Avec ce discours, Jullien Brézun, directeur général à l’institut Great Place to Work, ne laisse aucun doute : l’entreprise doit accompagner ses collaborateurs dans la recherche de son équilibre. Et il n’est apparemment pas le seul à le penser : “86% des Français estiment que les entreprises ont un rôle sociétal à jouer, et pour 76% des actifs à travers le monde, leurs dirigeants doivent impulser le changement sans attendre qu’il vienne des pouvoirs publics” poursuit l’interrogé.

Les managers sont les premiers à devoir incarner et inculquer cette nouvelle manière de manager et de travailler avec leurs équipes.
Cet équilibre vie pro/vie privée est un facteur d’épanouissement individuel mais aussi un “puissant moteur de performance pour les entreprises”. Les salariés ont besoin de se reposer et de pouvoir “prendre le temps de la réflexion” pour offrir des réponses de qualité à leurs clients ou partenaires. Le slow content reprend, petit à petit, sa place.

La déconnexion, c’est aussi une déconnexion mentale

Nous développons un droit à la déconnexion, par le haut, la loi, et dans le même temps se développe l’employee advocacy, avec des salariés défenseurs de l’entreprise sur les réseaux sociaux et en dehors des heures de travail” explique Mickaël Guerin, consultant en expérience clients.

Ce dernier a quitté la capitale pour aller s’installer dans le sud de la France. Un changement de vie qui lui a donné une autre vision de la “connexion”. Il revendique aujourd’hui ce droit pour renforcer la “connexion au monde, aux gens, aux temps, une connexion physique, une connexion aux réalités”. Pour lui, cette détox digitale de quelques heures permet de “lâcher les notifications, de refuser de laisser rentrer la pression”. Un processus qui permet de mieux se re-connecter par la suite. L’individu doit ainsi être libre de pouvoir se connecter ou non, d’aller lire ses mails sans que cela ne soit une obligation.

Cette notion de déconnexion mentale renvoie à l’idée à une nouvelle culture de l’entreprise et à l’instauration d’une autre vision du travail qui ne nous contraint pas mais s’associe à notre vie privée. Une idée qui va de paire avec la vision d’Emmanuelle Leneuf, à l’origine du FLashTweet, une newsletter d’informations envoyée tous les jours à la même heure. Ce format permet de combler l’effet FOMO, c’est à dire, la peur de rater une information. En donnant un rendez-vous limité, l’utilisateur a accès à ce qu’il cherche et peut ensuite, partir, se déconnecter pour se concentrer sur une autre tâche.

Quelles que soient les raisons ou la manière de le penser, le droit à la déconnexion est clairement recherché par le salarié. Pour autant, il s’avère tout aussi incapable de le mettre en place aujourd’hui, d’un point de vue personnel comme professionnel.

 

Les astuces de 8 managers pour déconnecter pendant les vacances

source: cadremploi.fr

Travailler pendant ses vacances est devenu un classique, mais un classique néfaste. Nous avons donc interrogé 8 managers et cadres-dirigeants qui luttent pour une vraie déconnexion. Ça vous tente ?

scenic view of beach
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1-Alexandre Pham, co-président du réseau de cabinets de recrutement et d’intérim Lynx RH

« Pour pouvoir déconnecter pendant les vacances, avant tout, je m’organise en amont pour déléguer les tâches en cours. On ne peut raisonnablement se déconnecter que si on s’assure que les affaires courantes sont bien traitées en son absence. Pour cela, je préviens mes collaborateurs et les clients ! Je pars loin et dans un endroit sans connexion. Par exemple en séjour en caravane dans les fjords de Norvège. Sur place, pas de réseau internet, donc pas de tentation de se connecter… J’évite aussi de rester pendu à mon smartphone le soir avant de me coucher, et le matin en me réveillant. Un autre truc tout bête : laisser son téléphone dans l’entrée, voire l’éteindre réellement ! »

2-Maël Bernier, directrice de la communication et porte-parole du courtier Meilleurstaux.com

« J’ai du mal à lâcher prise. Et avec un seul téléphone à la fois pro et perso, me déconnecter, c’est compliqué. Largement encouragée par mon entourage familial, je me fixe des challenges. Par exemple, cet été je vais m’imposer de poser mon téléphone le matin et de ne pas le reprendre avant le soir. Pour faciliter cette déconnexion, je dois être dans l’impossibilité physique et matérielle de répondre aux appels et aux SMS. Donc les escapades en bateau, à cheval, le ski, etc… sont des activités que je privilégie durant les vacances. Je progresse car je me fait remonter les bretelles, mais c’est dur ».

3-Éric Lengert, directeur général de Decathlon Pro

« Avoir des enfants a beaucoup joué dans mon envie de faire une vraie coupure durant les vacances. En été, je supprime la synchronisation de mails sur mon téléphone. Comme ça, je ne suis pas tenté d’y jeter un coup d’œil. Je reste joignable par téléphone en cas d’extrême urgence. Mais ça n’arrive jamais car 99 % des problèmes peuvent être résolus par mes collaborateurs sur place. J’arrive tellement bien à déconnecter que régulièrement, j’en oublie même mon téléphone ».

4-Christian Jeanneau, vice-président SBU Nucléaire chez Assystem

« En tant que manager, la première chose a toujours été pour moi de mettre en œuvre une organisation de travail efficiente me permettant de déléguer en toute confiance certains sujets, en particulier pendant mes congés. Au quotidien, je ne crois pas en l’efficacité des solutions strictement techniques comme le fait d’éteindre son portable à une heure donnée car travaillant à l’international, je dois parfois sur des périodes définies, composer avec des décalages horaires. En revanche, j’ai une passion – la lecture – et il y a toujours un moment dans mon agenda réservé à cette activité. La clé pour moi est vraiment de cultiver une vie en dehors du travail pour ne pas le surinvestir émotionnellement et ne pas me sentir, in fine, obligé d’être toujours connecté. Car si je ne déconnecte pas, mes équipes ne déconnecteront pas non plus. »

5-Olivier Roland, directeur INEAT Île-de-France, spécialisé dans la digitalisation des entreprises

« En semaine, je ne déconnecte pas vraiment. Mais le week-end, étant père de 4 enfants en bas âge, je suis obligé de couper. J’ai deux mobiles, un pro et un perso. Le week-end, je range le pro avec mon ordinateur portable et je n’y touche pas avant le dimanche soir parfois. Pour déconnecter pendant les vacances, je veille à soigner mon départ. Pour cela, j’organise le passage de relais avec les équipes qui restent. Je m’arrange pour partir en vacances en même temps que nos clients, c’est plus simple. En cas d’urgence absolue, l’équipe m’appelle sur mon téléphone pro car je ne communique pas mon numéro perso. Je ne décroche pas, j’attends qu’ils laissent un message. Sans message, je ne rappelle pas. De plus, je ne checke jamais mes mails durant les vacances. Partir souvent au même endroit, en l’occurrence l’été à Noirmoutier, permet d’avoir des repaires et des habitudes. Du coup, je décompresse plus rapidement et me met direct en mode vacances. Lire, faire du sport et me reposer sans être connecté me permet de bien me ressourcer pour la reprise ».

6-Laetitia Alcover, COO de Kang, plateforme collaborative pour freelance

« En vacances, mais aussi le soir en rentrant du boulot, j’impose un créneau de digital detox à ma famille, mari et enfants compris.Il s’agit d’un moment sans écran, où on est tous ensemble, disponibles les uns pour les autres. En vacances, c’est par exemple entre 18 h et 21 h. Dans la journée, pour réellement couper avec le boulot, je privilégie les sports qui m’imposent d’être concentrée sur un sujet particulier. Par exemple, la voile. Courir ne me déconnecte pas du tout, c’est même le contraire car au fil des kilomètres, j’ai tout le loisir de penser aux projets en cours ».

7-Franck Auzanneau, PDG fondateur de Goomeo, éditeur d’une plateforme web dédiée à la création d’applis mobiles événementielles

« La déconnexion commence avant même de partir en vacances. Je rédige un message d’absence sur ma messagerie web indiquant que je ne répondrais pas aux mails avant telle date et qu’en cas d’urgence, je renvoie vers un collaborateur. Je suis également pro actif sur ma messagerie de téléphone. Ensuite, je vise les destinations en zone blanche, à savoir les endroits où la couverture du réseau téléphonique est la plus mauvaise. Enfin, je ne réponds jamais aux appels entrants, si c’est urgent, il y aura un message. S’il n’y a pas de message, il n’y a pas d’urgence et cela attendra. Et ainsi, je profite mieux de mes vacances ».

8-Augustin Verlinde, CEO de Frizbiz, plateforme web et mobile dédiée aux services entre particuliers dans le domaine de l’habitat

« En vacances, je vais privilégier le sport et le bon temps en famille et entre amis autour d’une partie de golf ou de tennis. Le seul moyen pour moi de me déconnecter est de garder une forte activité dans ma vie perso. Ces moments permettent de prendre le recul nécessaire que l’on n’a pas forcement dans le rush de la semaine, et cela permet de pouvoir continuer à innover avec un esprit plus libre. Pour moi il est essentiel pour la réussite d’un entrepreneur de pouvoir se déconnecter de temps en temps. Évidemment, je garde toujours un œil sur mon entreprise, mais je sais que je peux avoir confiance en mes équipes, et jusqu’à maintenant, c’est un modèle qui a toujours vraiment bien fonctionné ».

ENQUÊTE SUR L’IMPACT DES OUTILS NUMÉRIQUES SUR LES SALARIÉS

Découvrez les résultats de l’enquête Secafi/Université de Toulouse sur l’impact de l’utilisation des outils numériques sur les conditions de travail.

Près de 2 000 salariés ont répondu l’été dernier pour exprimer leur ressenti face au développement des technologies digitales dans leur entreprise et face à l’impact (positif et négatif) sur leurs conditions de travail, notamment sur la charge mentale.

L’infographie, ci-dessous, dresse ainsi l’état des lieux de leurs réponses. Elle a été présentée lors de la Journée d’étude sur le thème de la transformation numérique du travail et de ses effets sur la Qualité de vie au travail, organisée par Secafi et l’Ires, à Marseille, le 11 mai 2017, au cours de laquelle ont dialogué des acteurs concernés par ces problématiques et défis, au premier rang desquels les membres désignés des CHSCT, les représentants du personnel, les élus au comité d’établissement, des experts ou encore des DRH. La journée du 11 mai était déclinée en deux temps : Comprendre ce que recouvrent les transformations numériques et comment elles impactent les conditions de travail et la QVT ; Savoir comment agir et prévenir les effets sur la santé au travail.

Pour en savoir plus, contactez contact@secafi.com

10 initiatives des entreprises pour favoriser la déconnexion de leurs salariés

source: LE MONDE

Depuis le 1er janvier, la déconnexion est devenue, en théorie, un droit pour les salariés*. La loi travail oblige en effet les entreprises de plus de 50 salariés à ouvrir des négociations sur le droit à la déconnexion, c’est-à-dire le droit de ne pas répondre à ses courriels ou messages professionnels en dehors du temps de travail. Elle n’instaure toutefois aucune obligation d’accord, ni aucun délai pour négocier.

Extrait de la série "Sur-Fake" (2015).

Objectif de cette loi : amener les entreprises à s’emparer du problème déjà ancien de l’inflation démesurée des mails professionnels, de leur impact sur la vie privée de leurs salariés et du risque juridique lié à la connexion permanente, des salariés pouvant utiliser des mails pour témoigner, aux prud’hommes, d’horaires de travails indus ou du non respect du temps de repos obligatoire.

Jusqu’à présent, peu de mesures contraignantes ont été mises en place par les grands groupes, mais beaucoup ont commencé à instaurer des chartes de bonnes pratiques, incitant notamment les managers à ne pas envoyer de messages en dehors des heures de bureau, sauf en cas d’urgence. Chez Engie par exemple, une phrase est ajoutée en bas de chaque mail : « Mon mail n’appelle pas de réponse immédiate ». Tour d’horizon de mesures qui ont déjà été prises pour préserver le temps de repos des salariés (11 heures minimum entre deux journées de travail).

  1. Le blocage des serveurs le soir et le week-end. C’est ce qu’a mis en place le constructeur d’automobiles allemand Volkswagen de 18 h 15 à 7 heures et le week-end pour 1 000 salariés (hors managers) en Allemagne en 2011. Aujourd’hui, 3 000 salariés ne peuvent plus recevoir de mails professionnels sur leur smartphone en dehors des heures de bureau. En France, le groupe bancaire BPCE envisage une mesure identique. Mais dans l’ensemble, cette mesure n’a pas fait trop d’émules en Europe : selon la CFE-CGC et l’Ugict-CGT, moins de 1 % des entreprises ont eu recours à des solutions technologiques contraignantes.
  2. L’instauration de moments de silence. Le groupe d’électronique Intel a incité 300 salariés à couper mails et téléphone le mardi matin et à installer un panneau « do not disturb » à la porte de leurs bureaux.
  3. La mise en vacances des boîtes mails. Le groupe allemand Daimler a développé le programme « Mail on Holiday » pour ses salariés qui choisissent l’effacement automatique des messages reçus durant leurs congés. L’expéditeur est informé de l’absence du salarié, de l’effacement de son courriel et de l’adresse d’un autre salarié qui pourra répondre à sa demande.
  4. Le travail à la maison reconnu. Le constructeur allemand d’automobiles BMW permet à ses salariés d’inscrire eux-mêmes leurs heures effectuées en dehors du bureau (à gérer les mails par exemple) sur leur compte épargne-temps, via intranet. Par ailleurs, ils peuvent définir avec leur supérieur des temps où ils sont joignables et injoignables.
  5. L’envoi différé des mails. Un tel module permet aux salariés de continuer à gérer leurs mails le soir s’ils le souhaitent mais leur offre la possibilité de différer leur envoi facilement pour ne pas déranger leurs collègues grâce à un système d’envoi automatique de leur courrier à l’aube le lendemain.
  6. Des journées sans mails. C’est ce qui a, par exemple, été mis en place par le site PriceMinister Rakuten en France pour sensibiliser ses salariés. Des pauses aux vertus pédagogiques…
  7. La suppression de la fonction « répondre à tous ». Le cabinet américain Nielsen aurait envisagé cette solution radicale pour lutter contre l’inflation exponentielle et contre-productive des mails. En octobre 2015, le « reply-to-all » aurait créé en quelques heures plus de 38 millions de mails lors d’un échange au sein du groupe Atos.
  8. Des messages déculpabilisateurs. Plusieurs grands groupes ont fait ajouter en bas des mails des phrases dissuasives du type « Mon mail n’appelle pas de réponse immédiate ».
  9. Des messageries alternatives, comme cela a été tenté chez Atos, qui voulait bannir les mails en interne en proposant aux salariés de communiquer par le biais d’un réseau socialBlueKiwi.
  10. Et… des salles de sieste dans les entreprises, pour déconnecter avant même de quitter le boulot !

 

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* A l’UNSA, nous pensons que le droit à la déconnexion est un sujet d’importance, d’autant plus lorsque le home office est évoqué. Ce sujet fait partie de la Qualité de Vie au Travail (QVT) pour laquelle des négociations doivent aussi être entamées cette année. Nous serons force de propositions le moment venu.

Droit à la déconnexion : peut-on se libérer des mails ?

Par Benoît Tremoulet, DG de Retarus France sur zdnet.fr

Nombreux sont les salariés qui ne « déconnectent » jamais complètement de leur travail. Comme l’indiquait une enquête du cabinet de conseil Deloitte, 71% des cadres consultent leurs mails professionnels le soir ou en congés même si 76% estiment que les outils numériques ont un impact négatif sur leur vie personnelle. L’étude Eléas « Pratiques numériques des actifs en France en 2016 » publiée le 24 octobre dernier confirme la tendance des salariés à se connecter sur leur boîte mail professionnelle en rentrant chez eux ou pendant leurs congés.

L’évolution des nouvelles technologies a favorisé le besoin d’être constamment connectés et réactifs pour faire face à la pression sociale et aux défis de l’instantanéité. Pourtant, la connexion permanente des salariés peut être source de stress et pourrait mener au « brun-out ».
Dans ce cadre et à la suite de la Loi dit El Komri, Benoît Tremolet, Directeur Général de Retarus France, revient sur cette nécessité d’instaurer des « quiet time periods », autrement dit des périodes de déconnexion de la vie professionnelle et nous livre ses conseils clés pour y parvenir.
Le droit à la déconnexion, un des chapitres du projet de loi El Komri sur la réforme du Code du travail, favorise le droit de ne pas répondre aux mails, appels et messages reçus en dehors des heures habituelles de travail. La loi existante prévoit 11 heures de repos entre deux journées et 35 heures par semaine. Chaque entreprise devrait ainsi mettre en place une phase de négociation afin de respecter ces conditions dans le cadre des négociations annuelles obligatoires. Les entreprises de plus de 300 salariés devraient avoir jusqu’à fin 2017 pour fixer des règles garantissant le temps de repos.

Ces entreprises pourront très bien décider qu’aucun email ne devra être reçu par tel catégorie de salariés hors de heures ouvrés, ce qui est déjà le cas dans certaines entreprises.

Cela peut aussi devenir un moyen de protéger les entreprises lorsque des échanges d’emails entre salariés tard le soir et le week-end peuvent être considérés comme des heures supplémentaires par les tribunaux (Cassation sociale 15 janvier 2015, n° 13-27072).

Alors quelles sont les solutions technologiques existantes aidant au respect du « droit à la déconnexion » comme défini par le projet de loi El Komri ?

Privilégier les envois différés

A l’aide de solutions dédiées aux « Quiet Time Periods », il est possible de configurer les boites de messageries professionnelles afin de définir des périodes durant lesquelles aucun e-mail ne peut être transmis aux collaborateurs, pendant les week-ends, jours fériés et vacances par exemple. Les e-mails ne sont donc plus transmis directement mais temporairement enregistrés dans des data centers. Lorsque la période prédéfinie est dépassée, ils sont automatiquement remis au destinataire.

Il est bien entendu possible de rapatrier dans l’instant les messages en cas de situations exceptionnelles.

L’avantage de cette fonctionnalité est qu’elle est paramétrable par groupe d’utilisateurs et/ou pour par chaque utilisateur.

Cette fonction incite les collaborateurs à optimiser leur usage des nouvelles technologies, en évitant de solliciter leurs collègues le week-end ou les jours fériés et donc à se poser la question de savoir si cela peut attendre le lendemain et ainsi diminuer le stress et la pression du destinataire

Eduquer le management pour montrer l’exemple aux collaborateurs

Au sein d’une entreprise, il est nécessaire d’éduquer ses collaborateurs à travailler uniquement pendant les heures officielles de travail. C’est d’abord aux managers d’insuffler les bonnes pratiques en veillant, dans un premier temps, à ne pas envoyer de mails en dehors des horaires de bureau. Ces principes exemplaires du management vont instaurer des conditions sociales de travail favorables au bien-être des collaborateurs. Ces derniers veilleront in fine, à répliquer cette méthodologie sur toutes les communications externes avec leurs clients par exemple.

Les fonctionnalités de Quiet Time period peuvent favoriser la mise en place de ces principes sans pour autant être trop rigides puisque l’on pourra toujours passer outre en cas d’urgence.

Les dernières études publiées sur la volonté des Français, la loi El Komri, les règlements ainsi que les tribunaux soulignent la nécessité d’encadrer l’utilisation des outils professionnels telle que la messagerie en dehors du temps de travail. Chaque entreprise peut procéder à une réorganisation de ses conditions de travail en adéquation avec cette nouvelle loi et insuffler de nouvelles pratiques via des outils technologiques simples et automatisés permettant de respecter les conditions requises par cette loi.