Comment le Big Data va bousculer le crédit

source: lesechos.fr

Une nouvelle tendance arrive des Etats-Unis et d’Asie : utiliser les données publiques, les réseaux sociaux et les algorithmes prédictifs pour évaluer, en quelques minutes, les capacités de remboursement des individus ou des petites entreprises.

Obtenir un crédit en quelques minutes sur son smartphone ? C’est déjà possible pour les consommateurs et les TPE (très petites entreprises) aux Etats-Unis, en Chine, aux Philippines, au Mexique, en Colombie… Une centaine de sites d’e-commerce américains proposent ainsi à leurs clients, au moment de payer, de souscrire un crédit auprès d’Affirm, une start-up de San Francisco créée en 2012 par Max Levchin, cofondateur de PayPal. Affirm a développé un algorithme prédictif mêlant Big Data et « machine learning  » (apprentissage statistique) qui, à partir des informations fournies par le consommateur ou glanées sur Internet, mais aussi des données comportementales, va évaluer les capacités de remboursement du demandeur. Et les taux sont généralement plus bas que ceux du marché. « Affirm propose des prêts abordables et donc plus de pouvoir d’achat à la génération Y, habituée à tout faire avec le numérique », résume Jeremy Liew, associé chez Lightspeed Venture Partners, un cabinet de capital-risque de la Silicon Valley qui soutient Affirm. « Les algorithmes permettent de réduire les coûts, car ils suppriment toute intervention humaine dans l’octroi d’un crédit », explique Guillaume Ponsard, fondateur de NordPay Financial (solutions de paiement pour les places de marché en ligne) et d’Ingensi (solutions Big Data).

« Le Big Data et le crédit en ligne constituent, après la banque en ligne à la fin des années 1990, une deuxième rupture technologique sur laquelle nous misons pour rebattre les cartes dans le secteur bancaire, explique Benoît Legrand, ancien président d’ING France et actuellement responsable des FinTech chez ING. Et, pour aller vite, nous nous allierons avec des experts de ce nouveau marché. » Le groupe hollandais a le choix : les jeunes pousses spécialisées, comme Affirm, dans l’« underwriting » (processus de souscription de crédits) automatique se multiplient aux Etats-Unis (Biz2credit, Zest Finance…) et en Asie (Lenddo aux Philippines…). Fin janvier, ING a pris une participation dans le chinois WeLab (prêts individuels), après avoir investi, en octobre dernier, dans Kabbage, une « licorne  » (start-up valorisée plus de 1 milliard de dollars) située à Atlanta et spécialisée dans le financement des TPE. Un test des algorithmes de Kabbage est en cours en Espagne.

Analyse des « signaux faibles « 

Pour évaluer le risque que représente un emprunteur, ces start-up scannent des centaines de « signaux faibles » : temps passé à taper son adresse e-mail (pour détecter les copier-coller, souvent symptomatiques d’une adresse créée pour la circonstance…), horaire de la demande (les formulaires remplis la nuit suscitent la méfiance…), identité sur les réseaux sociaux, descriptif du travail sur Linkedin, nombre d’amis sur Facebook, heures et fréquence d’envoi des courriels… « Par exemple, nous regardons si, parmi les amis, sur les réseaux sociaux, d’un emprunteur potentiel, il y a des personnes que nous connaissons et si ce sont de bons payeurs – ce qui est bien sûr positif – ou de mauvais payeurs… », détaille Florentin Lenoir, responsable du développement commercial chez Lenddo. « Les clients qui nous autorisent à accéder à une page d’entreprise active sur Facebook présentent un risque d’être mauvais payeurs inférieur de 20 % à ceux qui ne le font pas », constate Kathryn Petralia, cofondatrice de Kabbage.

Les défenseurs de ces algorithmes estiment qu’ils rendent service aux emprunteurs en leur facilitant l’accès au crédit. « Le Big Data permet d’accorder des prêts à des emprunteurs qui, autrement, n’y auraient pas eu droit, comme les personnes non bancarisées ou qui ont eu, une fois, un défaut de paiement », affirme Florentin Lenoir. Autre avantage, cette fois pour les prêteurs : diminuer le taux d’impayés. « Tout simplement parce qu’il y a plus de vérité sur Internet que dans ce qui est déclaré par certains candidats à un emprunt », estime Damien Guermonprez, président de Lemon Way (paiement sur mobile et collecte d’argent pour compte de tiers) et ancien dirigeant de sociétés de crédit à la consommation. « Nous demandons à avoir accès à tous les comptes bancaires des demandeurs, ce qui nous permet de récupérer entre 80.000 et 100.000 données : nous avons prêté plus de 500 millions de dollars et nous n’avons eu, jusqu’à présent, aucun défaut de paiement « , affirme Alan Cooper, responsable du marketing chez Earnest, une start-up de San Francisco spécialisée depuis 2013 dans les prêts personnels et le refinancement des prêts universitaires.

Arbitraire mathématique

Les opposants redoutent bien sûr une intrusion du Big Data dans la vie privée des personnes. Mais aussi que ces algorithmes rejettent des dossiers pour des raisons totalement opaques. Et que, dès lors, les victimes de cet arbitraire mathématique ne puissent pas se défendre. « Le Big Data n’empêchera pas le traitement différencié des clients, admet Benoît Legrand. Mais c’est un mauvais procès qui lui est fait, car cela existe déjà dans le système actuel. Au contraire, il pourrait permettre une approche plus personnalisée. « 

« Le Big Data et les algorithmes prédictifs s’imposeront de toute façon, y compris en Europe, car ils permettent d’offrir le meilleur service aux consommateurs », prédit Bernard-Louis Roques, cofondateur et directeur général de Truffle Capital, un cabinet de capital-risque qui, entre autres, a investi dans le français Credit.fr (plate-forme de crédits participatifs).

Le coup d’après pourrait bien être celui du crédit « peer to peer », de particulier à particulier. « La PSD 2, directive révisée concernant les services de paiement, adoptée par le Parlement européen en octobre dernier, prévoit que des tiers pourront proposer des services liés aux comptes bancaires », rappelle Erik Engellau-Nilsson, vice-président de Klarna, une entreprise d’origine suédoise qui a développé ses propres algorithmes prédictifs pour le paiement des achats en ligne, après leur livraison.

En clair, une société spécialisée dans l’« underwriting automatique  » pourrait proposer à des particuliers disposant de liquidités sur leur compte de prêter cet argent à des personnes sélectionnées par leurs algorithmes. Plus rémunérateur que de laisser dormir son argent à la banque, même en tenant compte du risque inhérent à tout prêt ?

Jacques Henno


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Le crédit conso poursuit son redressement

source: les echos

La production cumulée sur douze mois est revenue à son niveau de septembre 2009. Elle est tirée par les locations avec option d’achat. Les volumes de crédits renouvelables stagnent après avoir chuté sous l’effet des tours de vis réglementaires.

Le marché français du crédit à la consommation continue de remonter la pente après avoir été durement été éprouvé par la crise et les tours de vis réglementaires.

La production cumulée de ces prêts sur les 9 premiers mois de l’année a augmenté de 4,5 % par rapport à la même période l’année dernière, pour atteindre 29,7 milliards d’euros selon les données publiées lundi par l’Association française des sociétés financières (ASF). Celle-ci représente notamment les spécialistes de la distribution de ce type de prêts sur le lieu de vente.

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Un redressement soutenu par les opérations de location

Sur douze mois, la production cumulée de ces nouveaux prêts destinés à financer un besoin personnel ou un service (comme de l’électroménager ou des travaux), a atteint plus de 40 milliards d’euros en septembre. Même s’ils restent très loin des niveaux enregistrés en 2007 et 2008 (autour de 45 milliards d’euros), les volumes sont ainsi retournés au niveau de septembre 2009. Ces statistiques confirment la poursuite du redressement du marché entamée en 2015, dans le sillage de la reprise de l’activité économique.

Les opérations de location avec option d’achat (LOA) font plus que jamais figure de locomotives pour le secteur. Compte tenu de l’appétit croissant des consommateurs pour la location au détriment de la propriété, la production cumulée sur 9 mois de financements d’automobiles via des LOA a progressé de 27,6 % par rapport à la même période l’année dernière pour dépasser 4,6 milliards d’euros en septembre.

La production de crédits renouvelables stagne

Les prêts personnels, qui peuvent être utilisés librement, continuent cependant de représenter le gros des nouveaux prêts à la consommation. S’élevant à plus de 10 milliards d’euros sur les neuf premiers mois de l’année, la production (rachats de créances compris) a augmenté de 1,3 % sur un an. La production de crédits affectés (auto, travaux, équipements etc.) est aussi dynamique avec une croissance de 1,8 %, à 7,2 milliards d’euros sur 9 mois.

En revanche, les volumes de nouveaux crédits renouvelables sont restés quasiment inchangés sur un an (-0,2 %) pour atteindre 7,3 milliards d’euros (en cumulé sur 9 mois). Ces données confirment la stagnation à un niveau bas de la production de ces prêts dont le capital se reconstitue au fur et à mesure des versements.

Avant de se stabiliser en 2016, la production de crédits renouvelables avait dégringolé à partir de 2008, sous l’effet de la crise et de l’encadrement de la distribution de ces crédits par la loi Lagarde de 2010. Alors que celle-ci a été complétée par la loi Hamon en 2014, la part du crédit renouvelable dans la production totale des établissements spécialisés est passée de 41 % en juin 2009 (sur douze mois), à 26 % à la fin de l’année dernière.

La Fintech Yelloan lève 1,75 million d’euros, prochaine prise d’un groupe bancaire?

Yelloan, une Fintech qui propose un service de crédit participatif, annonce une première levée de fonds de 1,75 million d’euros réalisée auprès du fonds Seventure Partners. Alors que le marché du crédit à la consommation représente plus de 156 milliards d’euros d’encours sur l’année 2016, selon la Banque de France, Yelloan s’intéresse à ceux qui se voient refuser leurs demandes de crédit. A ce phénomène vient s’ajouter l’émergence du financement participatif qui, toutes catégories confondues (B2B, crowlending, peer-to-peer, crowdfunding) a généré 296,8 millions d’euros en 2015 d’après le baromètre de Financement Participatif France.

Si Yelloan entre dans la famille des solutions de financement participatif, c’est parce qu’elle fait reposer l’obtention du crédit (demandé auprès d’un établissement bancaire) sur la garantie de particuliers qui acceptent de verser 5% du montant du crédit demandé, «au cas où». Pour la banque, aucun frais de recouvrement à prévoir, et pour le particulier, la garantie d’obtenir un crédit, si déjà il a pu convaincre son entourage de faire un versement.

Le marché

Fait peu commun pour une start-up, Yelloan n’a pas eu besoin de prospecter pour trouver ses clients emprunteurs. Dès sa création, elle s’est directement intégrée aux offres de crédit des groupes Crédit Mutuel Arkéa (Financo) et Cofidis (Monabanq) qui sont riches en dossiers de crédits refusés.

Pour que son modèle participatif soit viable, Yelloan a toutefois fixé un plafond de 15 000 euros de crédits par emprunteur. A ce jour, l’emprunt moyen via la plateforme est de 8 000 euros (soit une garantie de 400 euros à apporter par ses «amis»). Le taux est fixé à 4%, «comme ceux du marché du crédit à la consommation», courant sur une période de 3 à 5 ans. Ces emprunteurs cooptés sont des «jeunes en CDD exclus du crédit, des indépendants, des projets de TPE qui cherchent par exemple à financer une voiture pour un premier emploi», explique Mickaël Diguet.

Ils seraient déjà «plusieurs milliers» à utiliser la plateforme. Pour 2017, elle vise 3 000 à 5 000 prêts octroyés, notamment «grâce à un contrat important avec la filiale du Crédit Mutuel Arkéa», affirme le fondateur. La banque se montre particulièrement intéressée par le rachat de start-up, à l’image de Leetchi, Linxo, Grisbee, Yomoni, Younited.

 

Les objectifs

Yelloan réfléchit à une offre pour les PME qui ont aussi des difficultés à accéder au crédit. Elle va également investir dans sa R&D «en travaillant sur les algortihmes de scoring pour déterminer qui est solvable (…) et l’expérience utilisateur». Quant à savoir si la Fintech pourrait tomber dans le giron d’une banque, on assure que l’investisseur principal (Seventure Partners) a l’habitude de faire grandir une société pendant «4 ou 5 ans», avant de penser à sa sortie.

  • Yelloan : les données clés

Fondateur: Mickaël Diguet, Paul Peyre, Marc Diguet

Siège: Paris

Date de création:  2015

Effectifs: 8 > 15

La reprise: c’est maintenant !

La reprise: c’est maintenant !

Tel est le titre choisi par l’ASF* pour sa lettre du premier trimestre 2015. Cette lettre présente également les activités chiffrées des établissements spécialisés en 2014, avec notamment le crédit consommation qui progresse de +1,2%. Nous y apprenons aussi que la saisine du médiateur ASF est désormais  possible en ligne.

ASF
*ASF = Association des Sociétés Financières à laquelle Financo adhère et au sein de laquelle l’UNSA Financo est présente lors des négociations et commissions de la convention collective

La lettre

Net recul de la production de crédits conso en janvier 2015

L’ASF (Association des Sociétés Financières dont Financo fait partie) vient de publier la production des crédits consommation de janvier 2015. Elle est en recul de 4,9% par rapport à janvier 2014.

chiffres ASF

En détails: la production de crédits renouvelables a diminué de 9,3%, celle des prêts personnels de 4,7%, celle des crédits affectés de 8,1% comprenant un recul de 13% des prêts auto neuves. En revanche, la LOA a progressé de 30%.