Crédit mutuel : Arkéa se lance dans un divorce difficile

source: lefigaro.fr

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Les administrateurs ont donné le feu vert au processus. Mais il sera très long et très complexe.

Le Crédit mutuel Arkéa, l’une des fédérations du Crédit mutuel, est déterminé à prendre son indépendance. La banque basée à Brest, qui regroupe pour l’heure les fédérations de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif central a annoncé vendredi avoir lancé une procédure pour quitter la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM), la structure de tête du groupe mutualiste et son organe central. «Le conseil d’administration du Crédit mutuel Arkéa, réuni le 17 janvier, a donné mandat aux dirigeants du groupe d’engager toute action permettant au Crédit mutuel Arkéa de devenir un groupe bancaire coopératif et mutualiste indépendant, entièrement distinct du reste du Crédit mutuel», a indiqué la banque dans un communiqué.

Les raisons? La banque accuse l’organe central de vouloir porter atteinte à son autonomie et de favoriser les onze fédérations rivales du groupe Crédit mutuel CM11-CIC (essentiellement implantées dans l’est de la France). Cette guerre fratricide dure depuis plus de trois ans et elle est émaillée d’une longue liste de différends judiciaires.

Vendredi, les conseils d’administration des fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest ont adopté le principe d’une consultation de leurs caisses locales (307 au total) sur le projet d’indépendance d’Arkéa. Elle débutera au premier semestre. En revanche, le conseil d’administration de la Fédération du Massif central qui, depuis l’été, souhaite changer de camp et rejoindre CM11-CIC, a voté à une large majorité jeudi soir pour son maintien au sein du Crédit mutuel. Un avis partagé par de nombreux salariés d’Arkéa. Plusieurs syndicats (réunis en intersyndicale) ont d’ailleurs adressé une lettre aux administrateurs du groupe, dans laquelle ils évoquaient les «lourdes incertitudes» que fait planer la perspective d’un divorce. D’autant qu’en quittant le giron du groupe mutualiste, Arkéa renoncera à la marque Crédit mutuel.

Toutefois, certains salariés réunis au sein d’un collectif ont plaidé ces derniers jours en faveur de l’indépendance. «Ces différents votes ne suffisent pas à changer la situation juridique existante du groupe», a rappelé mercredi François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, devant la commission des finances du Sénat, soulignant que les pouvoirs publics suivaient de près la situation.

Une loi de séparation

Si les deux parties devaient rester inconciliables, les autorités réfléchissent aux différents scénarios juridiques qui permettaient de dénouer les liens entre Arkéa et le Crédit mutuel. Car les statuts du groupe mutualiste ont été formalisés par une loi. «Si on devait aller un jour vers une séparation, certains parlent d’une loi et la souhaitent. Cette question relève du gouvernement et du législateur», a expliqué le gouverneur de la Banque de France. D’autres parlent de «voix alternatives.» Trouver une solution «est le sens de la mission» confiée par la Direction générale du Trésor et François Villeroy de Galhau à Christian Noyer, l’ancien gouverneur de la Banque de France. «Le rapport devrait être remis très prochainement.»

En cas de séparation, les pouvoirs publics seront aussi vigilants «à la solidité prudentielle des deux ensembles et à la protection des déposants», a expliqué François Villeroy de Galhau. Mais le divorce ne semble pas pour autant inéluctable. Arkéa et les autres fédérations du Crédit mutuel pourraient continuer à évoluer à l’intérieur d’un groupe unique consolidé. «Avec peut-être des aménagements de gouvernance», a souligné le gouverneur de la Banque de France.

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Arkéa conforte son projet de sortie du Crédit Mutuel

source: lesechos.fr

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Le Conseil d’administration de la banque bretonne a entériné, mercredi, le projet de cette dernière de quitter le groupe mutualiste.

La réunion s’est étirée sur toute la matinée… Selon nos informations, Jean-Pierre Denis, le président de la fédération Crédit Mutuel Arkéa, a bel et bien obtenu, à une large majorité, l’assentiment de son conseil d’administration : celui-ci devait se prononcer sur « le mandat donné aux dirigeants pour engager toutes les actions permettant à notre groupe de préserver sa liberté d’entreprendre, en obtenant le statut d’un groupe bancaire coopératif et mutualiste indépendant, distinct du reste du Crédit Mutuel », selon un message diffusé en interne.

Quitter la Confédération

Le groupe mutualiste basé à Brest ne fait pas mystère de son intention de quitter la Confédération Nationale du Crédit Mutuel (CNCM). Dans ce cas de figure, Arkéa devrait abandonner la marque « Crédit Mutuel ». Etape suivante, à partir de vendredi, « les conseils d’administration des fédérations du CMB (Bretagne) et du CMSO (Sud-Ouest) se tiendront ensuite, et la fédération du CMMC [Massif Central  qui souhaite elle-même quitter le giron d’Arkéa , NDLR] sera également invitée à se prononcer » sur le processus de consultation des fédérations et des Caisses locales.

Le conflit entre Arkéa et la Confédération Nationale du Crédit Mutuel a ainsi franchi un cap : il n’est plus question comme par le passé de s’opposer sur les règles de vies communes au sein du groupe, mais bien de divorce . De ce point de vue, la décision de la Cour d’Appel de Paris tombée ce mercredi paraît presque secondaire…

Diamétralement opposé

Mais elle montre l’antagonisme extrême entre les deux parties : Arkéa et la CNCM en tirent en effet des conclusions diamétralement opposées ! Pour Arkéa la Cour « confirme que la Confédération Nationale du Crédit Mutuel (CNCM) ne peut se transformer en société coopérative sans l’accord du Crédit Mutuel Arkéa. La CNCM conserve ainsi son statut d’association […] ». Du côté de la CNCM, on souligne que « cette décision ouvre en conséquence la voie à la transformation des statuts de la CNCMutuel d’association en société coopérative ». La Confédération annonce ainsi qu’elle va convoquer prochainement une nouvelle assemblée générale « afin de modifier les statuts et procéder à cette transformation ».

Le « sens de l’histoire »

Interrogé au Sénat sur cette crise, le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau a indiqué que s’il devait y avoir une évolution du groupe, il serait « préférable que cela se fasse par accord et non par déclaration unilatérale » et que dans le cas où une séparation irait « dans le sens de l’histoire », deux sujets seraient à considérer : la situation prudentielle de chacun des deux nouveaux groupes pris séparément, et le schéma juridique à retenir dans le cas d’une telle séparation.

L’abandon de la marque Crédit Mutuel, premier défi d’un Arkéa indépendant

source: agefi.fr

On ne pourra contester à Jean-Pierre Denis, président du Crédit Mutuel Arkéa, la constance dans la stratégie, ni lui dénier le goût du risque.

Car sa décision d’engager son établissement dans un processus de divorce d’avec le groupe Crédit Mutuel en comporte de sérieux, y compris pour lui.

JPD

Un conseil d’administration d’Arkéa est convoqué ce matin pour donner mandat à ses dirigeants de doter l’entité d’un statut de « groupe bancaire coopératif et mutualiste indépendant ».

Dans la foulée, les trois fédérations qui composent Arkéa, de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif Central, réuniront leurs conseils, sachant que la troisième devrait décider de demeurer au sein du groupe Crédit Mutuel.

L’initiative d’Arkéa constitue un pas de plus dans la stratégie de rupture impulsée par son président depuis plusieurs années.

Mais contrairement aux précédents, de nature essentiellement juridique, celui-ci n’est nullement consensuel car ses conséquences en termes d’activité sont importantes.

Les syndicats s’en sont particulièrement émus, s’agissant surtout des conséquences de l’abandon de la marque Crédit Mutuel qu’impliquerait de facto une rupture.

Cet abandon serait d’autant plus difficile à gérer, notamment auprès des clients, que le Crédit Mutuel ne manquerait pas d’ouvrir, sur les terres des sécessionnistes, des agences sous sa propre marque.

Autres conséquences à prendre en compte, des contraintes en capital plus lourdes, l’obtention des pouvoirs publics, pas forcément bien disposés, d’une loi pour créer la nouvelle entité, et de la Banque de France, guère favorable à cette évolution, d’un agrément bancaire.

C’est une course d’obstacles longue et difficile qui attend les rebelles du Crédit Mutuel.

Crédit mutuel Arkéa. L’indépendance ou la marque

source: letelegramme.fr

Le Crédit mutuel Arkéa et la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM) sont au bord de la rupture. Pour se libérer du joug de l’organe central, le rebelle breton serait prêt à abandonner la marque commerciale « Crédit mutuel ». Une perspective qui effraie les syndicats.

La guerre fratricide assortie d’une féroce bataille judiciaire qui met aux prises le Crédit mutuel Arkéa (qui regroupe les fédérations de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif Central) avec sa confédération nationale (CNCM) s’apprête à prendre un tour nouveau. Jean-Pierre Denis, le président du groupe Arkéa, a annoncé qu’il allait proposer ce mercredi à son conseil d’administration de se prononcer sur une éventuelle sortie de la CNCM, tout en obtenant le statut d’un groupe coopératif et mutualiste indépendant, distinct du Crédit mutuel. À partir de vendredi, les conseils d’administration des trois fédérations seront également consultés sur ce sujet.

« Autonomie et liberté de décision entravée »

Au siège du groupe breton, on explique cette décision par la multiplication, ces derniers mois, « des injonctions et des pressions de la Confédération visant à centraliser le Crédit mutuel Arkéa ». « Leurs demandes qui sont de plus en plus pressantes nuisent à notre développement. Notre autonomie et notre liberté de décision sont entravées », ajoute-t-on au siège du groupe où l’on insiste sur les bons résultats du CM Arkéa depuis 2008 avec une solidité financière « au niveau des plus hauts standards de la Place ».

« Une plongée dans l’inconnu »

La sortie du Crédit mutuel Arkéa de la Confédération nationale assortie de l’abandon de la marque « Crédit mutuel » est une perspective qui effraie les syndicats. Ils le vivent comme une plongée dans l’inconnu. Réunies en intersyndicale, la CFDT, la CGT, l’Unsa et la SNB plaident pour le maintien d’Arkéa au sein du Crédit mutuel. Ils ont adressé une lettre aux administrateurs pour les alerter sur les conséquences d’une perte de la marque sur l’avenir du groupe mutualiste et la pérennité de ses 9.000 emplois.

« Soyons clairs, l’autonomie du Crédit mutuel Arkéa ne semble plus la finalité. L’objectif semble désormais l’indépendance hors de la Confédération nationale du Crédit mutuel », accusent ces organisations. Il faut dire que, fin octobre 2017, l’office de l’Union européenne de la propriété intellectuelle avait donné raison à la CNCM en affirmant que le bénéfice de la marque « Crédit mutuel » était indissociable de l’appartenance à la Confédération nationale.

« Un avenir flou »

Pour l’intersyndicale, cette sortie crée de lourdes incertitudes : « L’avenir des parts sociales, constituante majeure de nos fonds propres, est flou, l’accord d’un agrément bancaire si nous devenions indépendants n’est à ce jour pas garanti, notre notation sur la place financière serait vraisemblablement révisée de manière négative ».

Les syndicats s’inquiètent aussi du risque de voir s’implanter des agences Crédit mutuel sur les territoires alors que ce danger n’existe pas aujourd’hui en raison des règles de territorialité. « Face à de nouvelles agences, la confusion serait totale pour nos sociétaires et clients. » Pour résumer un syndicaliste prédit une énorme pagaille : « On peut divorcer de son époux ou de son épouse, mais pas de son frère ou de sa soeur ».

Une décision du tribunal aujourd’hui

Une nouvelle étape à suivre dans cette longue bataille judiciaire, souvent complexe et technique : on attend, aujourd’hui, la décision de la cour d’appel de Paris relative à la possibilité ou non pour la CNCM de se transformer en société, en vue de devenir ensuite un établissement de crédit. La CNCM conteste un jugement rendu en janvier 2016 par le Tribunal de grande instance de Paris. Le TGI avait considéré que cette réforme ne pouvait se tenir sans l’accord du Crédit mutuel Arkéa.

Crédit mutuel : les établissements de Bretagne et du Sud-Ouest pourraient faire sécession

source: le monde.fr

Jean-Pierre Denis, patron du Crédit mutuel Arkéa, va proposer à son conseil d’administration, mercredi, de faire sécession.

La guerre fratricide qui mine depuis plus de trois ans le Crédit mutuel pourrait trouver son épilogue avec le départ du groupe des fédérations « indépendantistes » de l’Ouest. L’équipe dirigeante du Crédit mutuel Arkéa, qui réunit le Crédit mutuel de Bretagne, celui du Sud-Ouest et pour quelques mois encore celui du Massif central, a décidé de larguer définitivement les amarres.

Selon nos informations, son président Jean-Pierre Denis va en effet proposer mercredi 17 janvier à son conseil d’administration de quitter la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM), la structure de tête du groupe coopératif et son organe central. Un véritable séisme pour l’institution, qui se verrait amputée d’une partie de son activité, et pour Arkéa, ses 9 000 salariés et ses 3,9 millions de clients. Car en quittant le groupe, Arkéa devra abandonner la marque commerciale « Crédit mutuel », la marque bancaire la plus appréciée des Français selon l’Observatoire Posternak-IFOP. Le nom devra disparaître des agences, des présentoirs, des documents publicitaires. Un saut dans l’inconnu, car il faudra en outre qu’Arkéa obtienne un nouvel agrément bancaire et clarifie son niveau de fonds propres.

 

Arkéa veut engager son divorce avec Crédit Mutuel

source: lesechos.fr

La banque va proposer mercredi prochain de quitter la Confédération Nationale du Crédit Mutuel. Dans ce cas de figure, Arkéa devrait abandonner la marque « Crédit Mutuel ».

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Arkéa veut franchir le Rubicon. Le groupe – qui fédère le Crédit Mutuel de Bretagne, du Sud Ouest et du Massif Central – va proposer ce mercredi en conseil d’administration de lancer les grandes manoeuvres en vue de quitter le giron de la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM). La direction  l’a annoncé lundi matin en interne à ses 9.000 salariés, confirmant une information du journal « Le Monde ».

Abandonner la marque

« Le Conseil d’administration du groupe se prononcera donc sur le mandat donné aux dirigeants pour engager toutes les actions permettant à notre groupe de préserver sa liberté d’entreprendre, en obtenant le statut d’un groupe bancaire coopératif et mutualiste indépendant, distinct du reste du Crédit Mutuel », précise le mail interne. Dit entre les lignes, l e groupe basé à Brest serait donc prêt, dans ce cas de figure, à abandonner la marque Crédit Mutuel.

Processus de consultation

Deux jours plus tard, vendredi, ce seront aux conseils d’administration des trois fédérations membres d’Arkéa de se prononcer sur « l’ouverture d’un processus de consultation des fédérations et des caisses locales sur ce projet ».  Le Crédit Mutuel Massif Central (CMMC) sera lui aussi invité à cette consultation. Cette fédération a elle-même annoncé en juin dernier son projet de quitter le giron d’Arkéa pour rejoindre la puissante CM11-CIC, qui regroupe onze fédérations.

Etonnant conflit

La démarche engagée par Arkéa pourrait, si elle aboutit, mettre un point final à un étonnant conflit qui agite depuis des années le monde mutualiste : la banque emmenée par Jean-Pierre Denis cherche à échapper au CNCM, la structure faîtière  qu’il accuse d’un excès de centralisme . Reste que le chemin resterait encore long. Les syndicats s’inquiètent notamment de la démarche, le « nouveau » groupe devant a minima obtenir de nouveaux agréments bancaires, et bien sûr se choisir une nouvelle marque, au risque de voir s’implanter sur son territoire des agences du Crédit Mutuel restées loyales à la Confédération.

Edouard Lederer

 

Prud’Hommes: un avocat nous a expliqué comment échapper au plafonnement des indemnités

source: huffingtonpost

avocat: Eric rocheblave

« Ce plafonnement est un leurre, c’est pour dissuader d’aller aux Prud’Hommes. Les condamnations ne seront pas plus basses qu’avant », sanctionne Eric Rocheblave, avocat spécialiste du droit du Travail.

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Pour Le HuffPost, il explique comment les salariés pourront toujours obtenir une réparation complète, au-delà des plafonnements prévus par la loi.

Le HuffPost: Les ordonnances vont plafonner les indemnités prud’homales sauf concernant les cas de harcèlement et de discrimination. Va-t-on assister à une explosion de ce type de procès?

Éric Rocheblave: C’est possible, mais ce n’est pas pour ça qu’ils vont prospérer. La jurisprudence pour harcèlement moral est très sévère. Il appartient au salarié d’apporter au juge la preuve d’agissements répétés, mais il n’existe pas de « check list ». Tout dépend du ressenti de chacun, et de celui du juge. Et il faut prouver le préjudice sur la santé ou la carrière. Il y a eu trop de demandes qui ont discrédité les cas véritables. Aujourd’hui, tout le monde est harcelé ou discriminé. De toute façon, ce n’est pas la qualification qui rapporte le plus.

HP: Il existe d’autres solutions légales pour échapper au plafonnement?

ER: Le plafonnement prévu par les ordonnances ne concerne que les indemnités pour licenciement abusif. Mais il existe d’autres notions de droit. Par exemple, le principe selon lequel le contrat de travail doit être exécuté de façon loyale. Prouver l’exécution déloyale du contrat est beaucoup moins contraignant. Cela n’entraîne pas l’annulation du licenciement, contrairement au harcèlement, mais permet d’ajouter une demande d’indemnité en plus de la rupture abusive, donc de sortir du plafonnement.

On peut aussi invoquer les circonstances vexatoires d’un licenciement. Un salarié à qui on demande de boucler ses affaires tout de suite alors qu’il n’y a pas de faute grave, une publicité négative et inutile au sein de l’entreprise… Il peut aussi y avoir des heures supplémentaires non payées. Autant de motifs d’indemnisation supplémentaires.

HP: Vous ne semblez pas vraiment inquiété par cette réforme de plafonnement?

ER: J’ai 20 ans de métier. Jusqu’à maintenant, par affaire, je touchais des Prud’Hommes un mois de salaire par année d’ancienneté en moyenne. Ce plafonnement est un leurre, c’est pour dissuader d’aller aux Prud’Hommes. Les condamnations ne seront pas plus basses qu’avant. Cette loi est une loi de défiance à l’égard des juges. Je vais leur dire de reprendre leur liberté de parole.

Les managers sont-ils en train de basculer en plein spleen?

source: challenges

Qu’il s’agisse des qualités relationnelles, de l’environnement de travail ou de l’épanouissement, oui, le climat social des entreprises françaises s’améliore sensiblement ces dernières années, confirme le dernier baromètre Cegos. Derrière ces bons chiffres, le cas particulier des managers interpelle.

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C’est un fait assez rare pour être souligné. Cette année, salariés, managers et DRH s’accordent tous sur le même constat: côté climat social, ça va mieux dans les entreprises françaises, révèle le 19ème baromètre de l’Observatoire Cegos mené sur cette question, publié ce mardi 5 décembre. Ainsi, alors que seulement 9% des salariés et 24% des managers percevaient une amélioration du climat social en 2014, ils sont respectivement 22% (+13 points) et 32% (+8 points) à identifier des progrès. Même tendance du côté des DRH les plus optimistes qui sont passés d’une proportion de 23% à 47% (+24 points), sur cette même période. Inversement, moins nombreux sont ceux à noter une dégradation notoire du climat dans leur entreprise (-16 points pour les salariés, -27 points pour les managers, et -19 points pour les DRH). Qualité du climat au sein de l’équipe, fierté d’appartenance, entraide entre collègues, environnement de travail… Tous les indicateurs sont ainsi au mieux en progression comparés aux années précédentes, au pire stables.

Tous, vraiment ? A y regarder de plus près, le baromètre Cegos pointe une dichotomie troublante sur le cas particulier des managers. Car certes, ils sont à chaque fois plus positifs que les salariés sur leur évaluation globale des différents items du questionnaires. Certes, la grande majorité d’entre eux jugent satisfaisants le climat de leur l’équipe (88%), leur environnement de travail (82%), leurs objectifs fixés (83%) ou encore leur rémunération actuelle -69% la jugent même comme une source de motivation. Toutefois, sur un nombre conséquents d’autres signaux faibles, les indicateurs sont en recul.

« Mise à distance »

A commencer par l’intérêt porté à leur poste et leurs missions. Ainsi, si les trois quarts des managers estiment que leur travail est d’abord une source d’épanouissement avant d’être une source de de contraintes cette année, la tendance est à la baisse par rapport à 2016 (-2 points). De même, les chefs d’équipes sont moins nombreux à affirmer qu’ils « apprennent en permanence dans leur travail » (-5 points VS 2015). Seule un peu plus de la moitié d’entre eux (53%) identifie par ailleurs l’intérêt et la variété de leur poste comme un facteur-clé de motivation (en baisse de 15 points par rapport à 2015).

Si bien que la part des managers attribuant une note supérieure à 8 (sur une échelle de 1 à 10) à leur implication et investissement dans le travail au quotidien recule également de 4 points par rapport à l’an passé. « On constate une forme de mise à distance plus importante des managers par rapport aux salariés, que les DRH ne semblent d’ailleurs pas percevoir pour le moment. Cela peut s’expliquer par le fait que cela ne se ressent dans aucun indicateur RH tel que l’absentéisme ou la baisse de performance individuel », explique Catherine Lainé, directrice de projet, spécialiste des enjeux RH chez Cegos. A moyen terme néanmoins, une baisse d’implication, auprès des équipes notamment, peut avoir des effets délétères sur la qualité des relations mais aussi des résultats d’un service.

Les conditions de travail des responsables interrogés évoluent également de manière mitigée. Encore 52% d’entre eux jugent avoir une charge de travail trop importante. Ils étaient toutefois 65% en 2015. La pression exercée par leurs managers et par les acteurs extérieurs à l’entreprise (clients, fournisseurs, sous-traitants, etc.) se dégrade en revanche de façon notoire (respectivement de 8 et 16 points).

Entre le marteau et l’enclume

« Les managers sont une population particulièrement exposée car ils se retrouvent au croisement de différentes exigences parfois contradictoires entre leur hiérarchie d’une part, leurs partenaires extérieurs et leur équipe, d’autre part. Tout cela avec une marge de manoeuvre souvent limitée », constate Catherine Lainé. Pas étonnant dès lors que les managers se sentent de plus en plus isolés et moins soutenus. La qualité des échanges, des contacts avec leurs collègues comme facteur de motivation recule d’ailleurs de 9 points par rapport à 2015.

Résultat, les deux tiers des managers subissent un stress régulier au travail et 65% d’entre eux affirment que ce niveau de stress a un impact négatif sur leur santé (en léger recul comparé à 2015). Un peu plus du quart d’entre eux admet d’ailleurs que leur travail a causé des problèmes psychologiques graves (dépression, burn-out) au cours de leur carrière (même tendance du côté des salariés). « Attention, cela ne signifie pas qu’ils sont nécessairement plus touchés par des burn-out qu’avant. Selon moi, cela s’explique aussi parce que la parole s’est libérée ces dernières années sur cette question de la prévention des risques psycho-sociaux et que les managers se sentent sans doute moins culpabilisés d’en parler », commente Catherine Lainé.

Facteur sans doute aggravant, du côté de l’équilibre vie pro/vie perso, les chefs d’équipe sont encore 61% à travailler sur leur temps personnel. Et le recours aux outils numériques (mails, smartphones, ordinateurs portables…) utilisés dans le cadre du travail sont de moins en moins perçus comme gage d’efficacité professionnelle pour eux. Sur ces points les managers sont rejoints par les salariés. « Ces tendances posent plus que jamais la question non seulement de la charge de travail mais aussi du droit à la déconnexion ou de l’encadrement du télétravail dans les entreprises« , souligne Isabelle Drouet de la Thibauderie, manager d’offre et d’expertise « Ressources Humaines » chez Cegos. Des enjeux de qualité de vie au travail, au milieu desquels le cas particuliers des managers n’est qu’un symptôme parmi beaucoup d’autres de la porosité grandissante entre vie personnelle et professionnelle.

*Méthodologie: pour cette édition 2017, 1115 personnes (700 salariés, 250 managers et 165 Directeurs ou Responsables des Ressources Humaines-DRH-RRH) d’entreprises du secteur privé de plus de 100 salariés ont été interrogés en septembre.

 

La reconnaissance, attente numéro un des salariés

Le livre blanc intitulé « Disconnect », publié récemment par ADP, fait état d’un délitement du lien social dans l’entreprise. Les salariés expriment fortement le sentiment de n’être pas écoutés, pas récompensés à la hauteur de leur investissement, pas reconnus pour ce qu’ils font et ce qu’ils sont. Ces attentes légitimes ont donc souvent laissé place à un certain cynisme.

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L’ampleur du décalage

Les êtres humains en général – et les salariés en particulier – ont deux besoins culturels fondamentaux : l’affirmation de leur identité et la satisfaction de leurs besoins personnels… tout en s’inscrivant dans un projet, sans lequel l’épanouissement personnel est borné ou très limité. Dans les deux cas, la reconnaissance est un puissant moteur de développement : pour se situer soi-même, autant que pour exprimer son implication collective aux yeux des autres. La reconnaissance au travail renvoie, pour les salariés, à des éléments tant factuels que symboliques : elle induit diverses attentes plus ou moins formelles des collaborateurs, qu’il s’agisse de l’écoute qui leur est portée, de la prise en compte de leurs feedback, de l’équité perçue au cours des processus d’évaluation, du retour qui leur est fait concernant la qualité de leur travail, leurs résultats, leurs efforts, leurs performances, etc.

C’est dire si les chiffres qui suivent sont problématiques :

– 50% des salariés estiment travailler dans une entreprise qui ne prend pas en compte de leurs feedback.

– seuls 7% d’entre eux sont fortement d’accord avec le fait que les évaluations sont justes et appropriées.

– et 11% d’entre eux, seulement, estiment qu’ils reçoivent les feedback positifs et la reconnaissance qu’ils méritent « lorsqu’ils font du bon travail ».

En définitive, près de trois salariés sur quatre estiment que leur avis n’est pas reconnu ni pris en compte. Dès lors, comment attendre des collaborateurs qu’ils soient engagés, s’ils ne se sentent pas en retour considérés et parties prenantes dans les évolutions de leur entreprise ?

Un diagnostic sans appel

De la reconnaissance naît en effet la motivation, l’implication et l’engagement. L’absence de prise en compte du travail accompli entraîne de
 nombreuses frustrations, voire un refus de coopérer. Si l’effet peut être tempéré au début, de nombreuses répercussions surviennent sur le 
long terme: baisse de performance, démobilisation, désengagement, absentéisme, départ, etc.

Le carriérisme et le turnover chez les managers conduit ces derniers à un cynisme policé. Ils ne voient plus leurs collaborateurs qu’à travers un prisme : servent-ils ou non leurs propres intérêts ? Une étrange froideur s’empare lentement des consciences. C’est ce processus que le poète allemand Reiner Kunze désigne sous le nom de « pétrification ». Le résultat est une certaine indifférence et une insensibilité aux êtres qui nous entourent.

Il faut bien en comprendre l’impact : c’est la nature même du contrat professionnel qui se trouve ainsi remise en cause. Pas le contrat juridique qui définit les contributions et les rétributions mais le contrat moral, le contrat humain qui amène à considérer les salariés comme des investissements et non comme des charges fixes.

Retrouver des relations humaines de qualité

C’est la question de la place de la personne au sein de nos organisations qui est ainsi posée. Souvent présente en théorie, sur le papier, elle disparaît vite lorsque l’on se confronte à la réalité. Voici plusieurs pistes pour que les salariés se sentent à nouveau reconnus :

– Restaurer une véritable logique contractuelle qui permette à chacun d’apprécier son autonomie, c’est-à-dire sa marge de manœuvre, son pouvoir d’initiative et les limites de ses responsabilités.

– Considérer de manière systématique qu’un objectif atteint est une satisfaction du dit « contrat » professionnel.

– Ne pas se limiter à la traditionnelle « approche client » des collaborateurs – si forte dans l’intention mais si approximative dans la réalité. Regarder ces derniers comme des entrepreneurs internes (« intrapreneurs »), parties prenantes du développement de l’entreprise.

– Si les dirigeants et les actionnaires partagent volontiers leurs difficultés, leurs appréhensions et la pression qu’ils subissent par des conséquences concrètes sur la vie des salariés, il faut qu’ils apprennent aussi à partager la réussite. C’est pourquoi la performance doit être reconnue.

L’objectif est de retrouver une motivation profonde, sans laquelle une véritable fracture entre les salariés et l’entreprise va devenir inévitable.

source: Havard Business Review

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