Arkéa. 1,7 milliard d’euros, le prix de la liberté

source: le telegramme

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Le conflit entre Arkéa et la Confédération nationale du Crédit mutuel s’envenime. L’organe central de la banque mutualiste qui réclame 1,7 milliard de dédommagements au groupe breton annonce qu’il va clore le dossier de séparation, faute de projet viable. Arkéa dénonce une « tentative d’extorsion ».

Les relations entre Arkéa et la CNCM (Confédération nationale du Crédit mutuel), l’organe de tête de la banque mutualiste, ne s’arrangent pas. Alors que le groupe breton continue de construire son projet de séparation d’avec le Crédit mutuel, en liaison avec les régulateurs bancaires et sous l’égide des pouvoirs publics, dans la perspective de le soumettre au vote de ses administrateurs, le conflit avec son organe central a connu un énième rebondissement cette semaine.
Dans un courrier daté du 19 décembre que Le Télégramme a pu consulter, Nicolas Théry, le président de la CNCM, signifie au gouverneur de la Banque de France et à la directrice générale du Trésor que son conseil d’administration « sera amené à prendre acte qu’il n’a pas été saisi d’une demande valable de désaffiliation de la part d’Arkéa » et qu’il convient donc de clore ce dossier « après quatre années de conflit inutile ». Dans cette lettre, Nicolas Théry révèle aussi le détail de toutes les conditions de la désaffiliation que la Confédération a présentées à Arkéa. Parmi ces conditions, il y a la renonciation à la marque Crédit mutuel mais il y a surtout le règlement d’une indemnité pour « couvrir le préjudice subi et compenser l’ensemble des coûts de l’opération liés au conflit et à la désaffiliation ».
La Confédération a chiffré ainsi à 1,7 milliard d’euros le prix qu’Arkéa devra débourser pour prendre sa liberté tout au moins si toutes les caisses du Crédit mutuel de Bretagne et du Sud-Ouest devaient demander leur désaffiliation. Une somme rondelette au regard des 428 millions d’euros de résultat que le groupe breton affichait en 2017 mais « un geste de bonne volonté » aux yeux de Nicolas Théry, qui fait référence aux 3,5 milliards d’euros de réserves accumulées au sein d’Arkéa et de ses caisses locales. « Au terme du délai fixé au 15 décembre, il apparaît que les dirigeants du Crédit mutuel Arkéa n’ont répondu valablement à aucune des propositions », tranche Nicolas Théry, dans son courrier.

« La rançon » du divorce

Du côté d’Arkéa, où on a évidemment une tout autre vision du dossier, on juge « exorbitante » cette exigence financière. Au Relecq-Kerhuon (29), on évoque même « une tentative d’extorsion ». C’est la raison pour laquelle, à son tour, le groupe breton a adressé cette semaine un courrier aux pouvoirs publics et aux autorités bancaires dans lequel il accuse la CNCM de falsifier la réalité. « La Confédération, accuse-t-il, cherche aujourd’hui au prix de contre-vérités à revenir sur le principe même de discussions ». Arkéa précise, en outre, aux autorités qu’il a proposé le 13 décembre à la Confédération les termes d’un projet de protocole de séparation et qu’il l’a invitée à signer un accord de confidentialité devant conduire « à des discussions sereines sur des propositions financières ». « La Confédération a opposé une fin de non-recevoir à tout échange », regrette Arkéa qui considère que la demande financière de la CNCM ne repose sur aucun fondement juridique. « Et surtout, elle bloque le processus de séparation ordonnée dont les superviseurs et les pouvoirs publics admettent désormais la nécessité ».
Enfin, Arkéa soutient que la Confédération n’a pas le pouvoir de refuser une désaffiliation. Bref, à en croire le groupe breton, ce nouvel épisode ne devrait pas l‘empêcher de poursuivre sa marche vers l’indépendance.
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