L’autonomie du Crédit Mutuel Arkéa : Jean-Pierre Denis s’explique

source: ouestfrance.fr

Le Crédit Mutuel Arkéa (fédérations de Bretagne, du Sud-Ouest et pour quelques mois encore du Massif Central) a lancé le processus qui devrait le conduire à quitter la Fédération nationale du Crédit Mutuel. Jean-Pierre Denis, le président d’Arkéa, aussi à la tête de la fédération bretonne, s’en explique. Le groupe compte quelque 9 500 salariés (6 200 en Bretagne) et près de quatre millions de clients. Son siège est installé au Relecq-Kerhuon aux portes de Brest.

Le groupe Crédit Mutuel Arkéa vient d’enclencher le processus qui pourrait le conduire à quitter la Confédération nationale du Crédit Mutuel. Pour quelles raisons ?
Il ne faut pas perdre de vue le fond du débat et ce qui est en cause. L’autonomie a toujours été le fil conducteur de notre histoire et est au cœur de notre projet stratégique. Notre groupe a ainsi toujours maîtrisé l’ensemble de ses décisions. Et les résultats sont là ! Cette année encore, nous allons afficher des résultats records. Aujourd’hui, l’analyse que nous faisons, c’est que, depuis environ six mois, notre autonomie est directement menacée par les projets centralisateurs de la Confédération nationale qui entrave notre développement.

Un compromis n’est plus possible ?
Nous estimons que nous sommes à un moment clef de notre histoire : les conditions de fonctionnement et de développement de notre groupe commencent à être gravement perturbées. À partir de là, la vraie question qu’il nous revient de traiter est la suivante. Soit nous acceptons une intégration dans un groupe bancaire centralisé en devenant l’une de ses composantes. Soit, nous conservons notre autonomie et notre liberté d’entreprendre qui sont au cœur de notre modèle économique.

Il faut donc choisir ?
Au fond, c’est une alternative très simple avec deux options sur la table. Dans l’une, on s’intègre dans un groupe Crédit Mutuel centralisé et piloté depuis Paris. Dans l’autre, on sort de la Confédération nationale en en acceptant d’adopter une nouvelle dénomination. Autrement dit : que mettons-nous en priorité, la marque ou l’autonomie ? La marque Crédit Mutuel mérite-t-elle que nous sacrifiions ce qui fait notre force et notre différence, l’autonomie du groupe. Il nous paraît naturel de poser la question à nos caisses locales qui sont, dans notre banque coopérative et mutualiste, la vraie source de légitimité. Nous le ferons dans les prochains mois. Ce qui serait surprenant, ce serait de ne pas les consulter ! C’est une décision historique. Nous respecterons naturellement le choix des caisses locales.

Vous dites que la centralisation est un frein au développement du groupe Arkéa. Plus concrètement ?
Par exemple, la Confédération cherche à imposer des limites de risques identiques pour tous les groupes de Crédit Mutuel sans tenir compte des spécificités de notre modèle. Ce qui est directement un frein à notre développement et à notre capacité à investir dans les territoires. Il s’agit là d’un vrai choix de stratégie. Nous estimons que cette responsabilité nous revient. Par ailleurs, lorsque nous avons des projets de développement avec des partenaires dans différents secteurs, il n’est pas acceptable pour nous de transmettre en amont des informations particulièrement sensibles, alors même que la confédération abrite un de nos concurrents le CM11-CIC (11 autres fédérations du Crédit Mutuel surtout présentes dans l’est de la France). Partager nos secrets, ce n’est pas dans la nature des choses.

Si vous quittez la Confédération nationale, vous perdez donc la marque Crédit Mutuel. N’est-ce pas risqué ?
La question n’est pas celle-là. Il s’agit de savoir s’il est plus risqué d’abandonner la marque, ou de renoncer à l’autonomie Il s’agit bien d’une alternative : au risque de perdre l’autonomie du groupe, les caisses locales veulent-elles s’intégrer dans la Confédération nationale pour conserver la marque, ou bien accepte-t-on de continuer à nous développer en adoptant une nouvelle marque ? Nous estimons que ce choix revient aux caisses locales.
Personne ne doute, moi le premier, de l’importance de la marque Crédit Mutuel. Elle a une dimension historique, affective, et véhicule un certain nombre de valeurs. Mais nous mettons en regard la marque et l’autonomie. Il ne s’agit pas d’abandonner notre statut de banque coopérative et mutualiste. Demain, si nous quittons la Confédération nationale, nous choisirons un nom qui exprimera deux choses très clairement. La première, c’est notre statut de banque coopérative et mutualiste. La seconde, c’est notre ancrage territorial.

Vous avez commencé à réfléchir sur ce nouveau nom du Crédit Mutuel de Bretagne ?
Nous avons un nom sur lequel nous avons travaillé mais il est trop tôt pour le révéler. Aujourd’hui, la question c’est de savoir si on préfère garder notre nom en sacrifiant l’autonomie, ou garder l’autonomie en abandonnant le nom. C’est la seule question qui se pose.

Au-delà du nom, y a-t-il un risque pour vous de quitter la Confédération nationale ?
La vraie inconnue, c’est l’intégration dans un groupe centralisé de Crédit Mutuel. Nous ne voulons pas changer notre groupe mais maintenir ce qu’il est : un groupe autonome qui entreprend, va de l’avant, se développe, se diversifie, et affiche, d’année en année, une solidité financière qui se renforce. Sortir de la Confédération, c’est permettre à notre groupe de continuer à investir dans les entreprises régionales, à soutenir les collectivités. C’est préserver notre modèle territorial, coopératif et mutualiste, c’est maintenir nos centres de décision et l’emploi en région.

Vous défendez aussi un certain modèle de banque ?
Dans l’environnement actuel, il est essentiel de développer des qualités d’agilité, de souplesse, de transformation digitale, de réactivité et de proximité avec les marchés. C’est le modèle que nous défendons aujourd’hui et que nous entendons préserver aujourd’hui.

Et pour vos clients actuels, ce départ de la Confédération nationale changerait quoi ?
Il n’y aurait absolument aucune incidence, et aucune démarche à faire. Il n’y aurait pas non plus d’incidence, individuelle ou collective, pour le statut de nos collaborateurs. Notre projet, c’est celui d’une vraie banque territoriale. Il sera enthousiasmant d’expliquer aux Bretons pourquoi il faut faire confiance à une banque qui a décidé de se battre pour préserver son autonomie et ses centres de décision en région. Le groupe Arkéa, c’est le modèle breton qui consiste à concevoir et fabriquer en région, puis en exportant nos savoir-faire.

Et le calendrier ?
Tout cela va s’étaler sur plusieurs mois. Il y a d’abord un temps pour poser les termes de cette alternative, poser des questions et débattre. Ensuite, les caisses locales voteront. D’abord, un vote d’orientation fin mars et en avril où chacune dira ce qu’elle souhaite. Et si elles choisissent l’indépendance, nous proposerons ensuite un projet finalisé de sortie du Crédit Mutuel, en liaison avec les autorités bancaires. Viendra alors le temps de la décision définitive qui reviendra aux caisses locales, plutôt à la rentrée de septembre.

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